3 septembre 2018

C’est Hervé Bordier qui a eu cette drôle d’idée, de consacrer une saison entière au musicien Moondog. The Story of Moondog nous sera proposée du 8 septembre au 29 juin. Moondog qui ça ? Connu de seulement quelques curieux, comme par exemple les lecteurs de Rock & Folk de la grande époque, il a fait parler de lui avec un disque au début des années 70. On y trouve Bird’s Lament, un titre en hommage à Charlie Parker, le seul morceau qui a réussi à s’échapper des sous-sols de l’underground. 

Moondog - Disque 980 x 945

Moondog,  de son vrai nom Louis Thomas Hardin, est un musicien US né en 1916 et mort le 8 septembre 1999. Il a acquis un statut de musicien culte, tant est longue la liste de ses singularités, à commencer par son accoutrement de Viking. Moondog est souvent qualifié de « Clochard Céleste », autrement dit un allumé sans le sou, ou bien un dingue sans le pognon de dingue.

Moondog - 6th avenue

 Je vous donne quelques références pour en savoir un peu plus, au-delà du folklore superficiel. Le musicologue Daniel Caux nous parlait de sa musique à l’occasion de sa mort en 1999 : musique originale, colorée et pleine de fraicheur / courtes pièces qui comme les haïkus surprennent dans leur simplicité, par la force immédiate de leur charme / il fusionne univers imaginaire avec existence quotidienne / diversité d’inspiration / fait mouche à tous les coups / Moondog se considère comme un néo-classique. Plus récemment, l’excellent Mathieu Conquet lui a consacré une émission sur France Culture, dans laquelle il a invité Amaury Cornut, qui est l’architecte de cette saison Moondog à Toulouse. Et aussi une émission sur Arte.TV dans lequel il déchiffre la mélodie de Bird’s Lament. Et je vous renvoie enfin au site du spécialiste Amaury Cornut. Que l’on pourra rencontrer le samedi 8 septembre à 17h à la librairie Ombres Blanches. Sans trop forcer, vous voilà maintenant expert de niveau mondial en Moondog.

Le programme de la saison est impressionnant par sa richesse. Peut-être même un peu disproportionné, pour ceux qui doutent de la véritable importance du bonhomme. Mais faisons une nouvelle fois confiance à Hervé Bordier. La saison sera ouverte le samedi 8 septembre à St Pierre des Cuisines, avec Nicolas Horvath dans le cadre du festival Piano aux Jacobins, où Moondog s’y trouvera, selon ses mots, comme une petite grenouille dans la grande mare de la musique classique. L’hommage se poursuivra tout au long de l’année dans différents lieux, différents festivals, avec des noms comme Jean François Zygel, David Hauchedry, Katia Labèque … La saison sera clôturée le 29 juin par un concert de l’Orchestre National du Capitole, avec au programme de larges extraits du disque dont je vous parlais plus haut. Voici par exemple Stamping Ground, le morceau que nous a passé Hervé Bordier à l’occasion d’une rencontre en octobre 17.

Le festival Piano aux Jacobins aura lieu du 5 au 29 septembre. Des interprètes au CV long comme le bras pour une vingtaine de compositeurs classiques, un peu toujours les mêmes. Chopin arrive cette année en première position avec 7 apparitions. Debussy est bien placé, centième anniversaire oblige. Et curieusement, pas de Schubert cette année, ce qui est rarissime. Il serait intéressant de faire des vraies statistiques. Je pourrais les demander à l’INSEE, où j’ai des relations bien placées. Mais ils sont déjà occupés à prouver que je peux être vu comme un Français moyen, ce qui apparemment leur demande beaucoup de travail.

Cette lettre va maintenant s’interrompre pour une durée indéterminée. Que la vie reste néanmoins aussi rose que possible pour vous tous !

 

27 août 2018

Un séjour estival au pays du malbec et des cabécous m’a remis les idées en place. Me voici donc de retour dans un paysage culturel compliqué avec des idées claires. Disons même des idées lumineuses, pas de fausse modestie entre nous. Je comprends enfin et sur le tard que la vie est faite pour qu’on s’amuse. Donnons donc la priorité aux manifestations rigolotes et colorées. Il ne vous reste plus que quelques jours pour aller voir l’exposition Le MIAM en Vacances que le Centre d’Art Nomade (ex Croix-Baragnon) a invité dans Le Lieu Commun (Faubourg Bonnefoy) et à La Grainerie (Métro Balma). L’exposition est visible jusqu’au 2 septembre, du mercredi au dimanche inclus, de 14h à 19h30, entrée libre.

Le MIAM, Musée International des Arts Modestes, a été fondé à Sète en 2000 par les artistes Hervé Di Rosa et Bernard Belluc. Et il se trouve qu’en matière de modestie, je suis moi-même imbattable, comme disait Sacha Guitry. Hervé Di Rosa est relativement bien connu depuis le début des années 80 comme artiste peintre dans le genre Figuration Libre. Ses œuvres sont immédiatement reconnaissables avec leurs personnages caractéristiques de bande dessinée. Justement très colorées et rigolotes, elles rencontrent beaucoup de succès auprès du grand public comme moi. Voici par exemple une affiche qui orne les murs de mon séjour.

Di Rosa - Ils arrivent tous par air, terre, mer - 1983

Saviez-vous que Hervé Di Rosa a réalisé les sculptures de la station de métro Fontaine Lestang ? On pouvait y faire jouer les enfants, elles ont été malheureusement enlevées pour une raison inconnue mais que j’espère provisoire.

Le MIAM est spécialisé dans la création marginale et périphérique, favorisant la circulation entre les cultures savantes et populaires. L’Art Modeste est comme un empire qui regroupe de très nombreuses nations, comme l’art forain, les comics, les pochettes de disques, les châteaux de sable, les T-shirts … et l’art des collections, un immense territoire à lui tout seul que l’on pourrait également subdiviser presque à l’infini. Avec le MIAM, Hervé Di Rosa a élargi le périmètre de ce qu’on peut appeler une œuvre d’art. On peut en effet mettre beaucoup de choses dans l’Art Modeste. A ce train-là, tout et n’importe quoi va pouvoir être considéré comme de l’art, même un urinoir.

Le Lieu-Commun nous montre un choix d’œuvres autour du cinéma, dont l’essentiel est constitué par des affiches ghanéennes. Ces affiches sont directement peintes sur toile dans un style qu’on pourrait qualifier de naïf. Elles sont faites pour séduire les amateurs de films d’action et ne lésinent pas sur les effets les plus expressionnistes.

En entrant à La Grainerie, on trouve d’abord trois caravanes, chacune consacrée à une thématique particulière. Ces caravanes sont remplies du sol au plafond par des objets sans prétention, modestes si on veut mais dont l’accumulation donne le vertige. On s’y trouve immergé dans un fouillis de figurines, qui représentent des familles de monstres, des défilés de dinosaures, des guerriers intergalactiques avec leurs engins volants … Un paradis des jouets, dans une ambiance Toy Story un peu déjanté.

La grande salle est consacrée aux arts populaires mexicains. On remarque en entrant une barque de squelettes occupés à ramener de leurs filets une pêche miraculeuse. On verra dans cette salle un mélange hétéroclite où se côtoient Sainte Vierge, sculptures monstrueuses, arbres de vie et objets de culte de la mythologie mexicaine.

MIAM 7

Il vous reste un peu plus de temps pour visiter l’exposition Même pas Peur : Vanités d’hier et d’aujourd’hui consacrée à la Collection de la baronne Henri de Rothschild (morte en 1926) et visible à la Fondation Bemberg jusqu’au 30 septembre (voir les articles de Michel Grialou et de Alice Lambert). Il est peut-être audacieux de rapprocher la collection de la baronne de Rothschild du registre de l’art modeste. Et pourtant, elle en a une double qualité. La baronne est d’abord une collectionneuse un peu allumée d’objets bizarres, elle entre donc parfaitement dans les critères … Et en plus elle collectionne des Vanités, des représentations de têtes de mort pour le dire plus simplement. Dans le domaine de l’art, la Vanité est une représentation allégorique du passage du temps, une œuvre qui nous rappelle que nous sommes tous mortels, un principe de figuration qui invite l’homme à la méditation sur sa propre finitude, résumé par la phrase latine Memento Mori : Souviens-toi que tu vas mourir. Il y a une forme de modestie à reconnaître que nous sommes tous mortels. D’ailleurs, je suis personnellement loin d’être favorable à la vie éternelle.

Bemberg 1

En plus de la collection de la baronne, l’exposition nous montre également des œuvres anciennes et modernes sur ce thème des Vanités, en les disséminant parmi les œuvres de la collection permanente.

Alberola

Alberola

Le bienfait des vacances aura finalement été éphémère. Comme souvent, on rentre gonflé à bloc, et il ne faut pas bien longtemps pour se retrouver à méditer sur une tête de mort nihiliste.

25 juin 2018

Ils mériteraient bien un carton jaune ! Le Marathon des Mots tombe cette année en plein mondial de foot et en plus, il met la langue portugaise en avant. Alors que nos principaux concurrents seront peut être le Portugal et le Brésil. C’est à croire que les vieilles dames cultivées qui lisent des livres, et qui forment une bonne partie du public du Marathon, ne mettent jamais les pieds dans un stade de foot.

Nicolas de Stael - Les footballeurs - 1952

Nicolas de Stael – Footballeurs – 1952

Le Marathon des Mots aura donc lieu cette année du 28 juin au 1° juillet. Vous en connaissez le principe : 4 jours d’un  large éventail de rencontres et de lectures, le plus souvent gratuites et d’une courte durée, disséminées dans différents lieux de la ville et de la périphérie. La manifestation rencontre un grand succès, avec l’inconvénient de devoir rester dehors quand c’est complet. On est alors obligé d’aller voir ailleurs quelque chose que l’on n’avait pas prévu … avec le risque de faire une découverte sensationnelle. C’est comme ça qu’un jour je me suis retrouvé à aller écouter le grand Aharon Appelfeld dont je n’avais jamais entendu parler.

Je ne connais pas grand chose à la littérature lusophone. Il y a trois semaines, j’ai par contre rencontré tout à fait par hasard un traducteur de portugais. Il n’y a pas plus d’une dizaine de traducteurs de portugais en France. J’avais donc très peu de chance d’en rencontrer un juste avant le Marathon. Encore une de ces coïncidences troublantes que les scientifiques officiels refusent de voir, empêtrés qu’ils sont par le cadre rigide de leurs raisonnements.

Que vous conseiller dans le programme ? Chacun a ses goûts et il n’y a pas de hiérarchie. On peut préférer assister à une lecture ou à une rencontre, on peut privilégier le choix d’un comédien lecteur ou celui d’un auteur … N’oubliez pas que c’est un marathon et qu’il vaut mieux ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre et se ménager des moments de pause. J’ai personnellement réservé pour la lecture de Denis Lavant (on a pu le voir cet hiver à la Cave Poésie, il déménage …). J’ai réservé aussi pour la rencontre avec les quatre Prix Goncourt de la maison d’édition Actes Sud : Mathias Enard, Laurent Gaudé, Jérôme Ferrari et Eric Vuillard. J’ai préparé le Marathon en lisant un livre de chacun d’entre eux, je ne plaisante pas avec la littérature.

Je signale également que le chanteur canadien Pierre Lapointe sera le 29 juin au Sorano. Un peu cher (26 euros), dommage …

Le festival d’accordéon Les Nuits de Nacre aura lieu à Tulle du 29 juin au 1° juillet. Dans son joli programme, on trouve cette année deux légendes de l’aristocratie de l’accordéon : Marcel Azzola d’abord, qui sera invité le 29 juin par Sébastien Frage Quartet. Et Marc Perrone ensuite, qui sera présent le 30 Juin. Voici son morceau Quai des Vertus, extrait de son dernier disque Babel Gomme.

Marc Perrone

Je vous renvoie à ma lettre de septembre 2015 et à celle de octobre 2017 pour en savoir un peu plus sur les Nuits de Nacre, Marcel AzzolaMarc Perrone, … et sur Laurent Koscielny, joueur de foot et bienfaiteur des accordéons. Avec une pensée pour lui, qui est malheureusement privé du Mondial de foot pour cause de blessure.

Ce marathon termine maintenant pour moi la saison culturelle. Je vous donne normalement rendez-vous à la rentrée pour de nouvelles aventures spectaculaires.

18 juin 2018

On a bien vu que les Marcheurs se sont multipliés depuis quelques temps. Ces Marcheurs là ne sont pas tous des vrais marcheurs à pieds, et encore moins des pèlerins du chemin de Saint Jacques de Compostelle. « Immortelle randonnée » est le titre d’un livre de Jean Christophe Rufin paru en 2013. Médecin, écrivain et diplomate, Jean Christophe Rufin a été, entre autres, à l’origine de Médecins Sans Frontières, auteur du roman « Rouge Brésil », prix Goncourt en 2001, ambassadeur au Sénégal et finalement élu à l’académie française en 2008. A ne pas confondre avec François Ruffin, qui lui n’est pas spécialement connu pour être un ami des Marcheurs. Sous titré « Compostelle malgré moi », son livre nous raconte l’expérience qu’il a vécue  pendant plusieurs semaines en marchant sac à dos, comme un pèlerin lambda, sur les chemins de Saint Jacques. Il s’y décrit comme un académicien clochardisé. Un genre de pur esprit qui a eu mal aux pieds. Il évoque également une forme d’expérience bouddhiste en nous disant « je ne cherchais rien et je l’ai trouvé ».

Canard Enchainé - Aurel

Canard Enchainé – Aurel

A l’occasion du 20° anniversaire du classement par l’UNESCO des « Les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France » sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, le couvent des Jacobins nous propose l’exposition Chemins de Compostelle, visible jusqu’au 2 septembre. Présentée comme immersive, ludique et pédagogique, cette exposition nous invite à nous mettre dans la peau d’un pèlerin du Moyen Age et à faire l’expérience du chemin. Je trouve que cette exposition ne tient malheureusement pas toutes ses promesses et j’en suis ressorti un peu déçu. Alors que j’étais censé être motivé par la dévotion, je suis tombé sur des reliques de pacotille. Allez-y quand même sans crainte, vous ne risquerez pas d’y attraper la foi.

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On y apprend que les riches de l’époque pouvaient faire un pèlerinage par procuration, en payant quelqu’un pour marcher à leur place. Je savais déjà que les riches d’autrefois pouvaient échapper au service militaire en se faisant remplacer par un pauvre bougre. Je savais que certains riches ont de nos jours encore une tendance à s’affranchir des obligations communes. Mais je ne savais pas qu’il y avait moyen de moyenner avec le Bon Dieu. Sinon, à part ça, je n’aurais personnellement rien contre le fait d’être riche.

Encore sur le thème de la marche et du chemin de Saint Jacques, vous pourrez rencontrer Jean Christophe Rufin  le mercredi 20 juin à 14 h invité des Journées Marcher pour Guérir, qui se tiendront les 19 et 20 juin à l’Hôtel Dieu Saint-Jacques. Ce même 20 juin, à 18h,  on le retrouvera dans la librairie Ombres Blanches pour présenter son dernier roman « Le suspendu de Conakry ». Vous ne pourrez de toutes façons pas échapper à Jean Christophe Rufin, puisqu’il sera également à l’honneur du prochain Marathon des Mots, avec en particulier quatre séances de lecture de son roman « Rouge Brésil ».

Je vous signale pour terminer qu’il est possible de se procurer une très belle affiche sérigraphiée dessinée par Pipocolor et intitulée « Les chemins de Compostelle ». Elle fait partie de la série d’affiches FabuLOT ! éditée par les gens de l’Imprimerie Trace, installée à Concots dans le Lot, qui font un superbe travail d’éditeur indépendant. On peut les commander sur leur site. 

Les chemins de Compostelle - Pipocolor

La prochaine Accordéonistade se déroulera le 20 juin 2018 dans un nouveau lieu : L’Itinéraire bis, situé au 22 rue de Périole, derrière la gare, à côté de la médiathèque. Je ne connais pas encore cet endroit qui se présente comme un café culturel et politique. Le lendemain jeudi, Fête de la Musique : beaucoup de concerts organisés par des bars pour vendre de la bière, mais pas que … A vous de voir.

ARTO, ceux du festival de Ramonville, programment deux spectacles le samedi 23 juin au Parc de Labège-Village, tout public, accès libre :

    • Libertivore, Solo de danse aérienne à 17h30
    • H.M.G, Géométrie circassienne à 18h30

On sentait bien que le Street Art avait fini par avoir pignon sur rue, si on peut dire, en s’éloignant de leurs cousins du Graffiti, qui ont gardé un parfum de vandalisme. Consécration suprême, le Street Art se met maintenant au service du commerce. Organisé par la Chambre de Commerce et d’Industrie, le festival #31Street  a pour mission de valoriser l’art urbain, tout en incitant le public à ré-investir les commerces du cœur de ville. L’évènement  se déroulera pendant 31 jours, du 15 juin au 15 juillet, avec des graffs exposés dans 31 lieux, commerces ou lieux publics. Des plans seront mis à la disposition des curieux qui pourront déambuler dans la ville à la découverte des 31 œuvres exposées. Peut être même que le Bon Dieu le leur comptera comme une forme de pèlerinage.

 

11 juin 2018


Le festival Rio Loco a la bonne idée de mettre la rumba à l’honneur. La rumba est une inconnue célèbre, tout le monde en a entendu parler mais presque personne ne sait vraiment ce que c’est. On pense d’abord à la rumba cubaine, qu’on ne distingue pas toujours de la salsa, dans cette diversité étourdissante des musiques afro-cubaines. Dans son titre « Rumba la Reina »,  Celia Cruz nous en fait la liste : Buena es la salsa, el merengue, la bomba, pero… El tamborito, la cumbia, el candombe, pero…  Ay, baila la rumba, rumba, rumbero, la rumba … El son jarocho, el bossa nova, el joropo, pero… Eh, la conga, la samba, la polka, pero … La rumba es la reina. Azúcar!

Après nous avoir convaincu que la rumba est la reine de toutes les musiques, Celia Cruz en rajoute une couche pour préciser que de toutes les rumbas, c’est la rumba de la Havane qu’elle préfère. Ecoutez « Dulce Habanera » avec Willie Colon au trombone. Nous n’alliez quand même pas continuer à lire sans avoir cliqué sur le lien ?

Celia Cruz - Recordando el Ayer

Compréhensif avec les accros de la rumba cubaine, le programme de Rio Loco nous en sert une dose quasi-quotidienne. Jeudi avec The Pedrito Martinez Group et son cocktail surpuissant de blues, rumba, flamenco et timba, Samedi avec le collectif The Afro Cuban All Stars et dimanche avec le tromboniste Fidel Fourneyron et son projet ¿Que Vola?, une transe de jazz improvisé sur les rythmiques afro-cubaines de trois percussionnistes hors-norme. Fidel Fourneyron est un de ces jeunes musiciens de jazz qui font feu de tout bois. Il vient de sortir « Animal », un disque récemment chroniqué dans Télérama, dans lequel son trio nous donne une vision d’un moderne carnaval des animaux. On a également vu Fidel Fourneyron il y a quelques mois éblouir trois pelés et deux barbus avec le groupe Un Poco Loco à l’Aminata.

Malgré toute la dévotion qu’on peut avoir pour Celia Cruz, on doit quand même lui reprocher de passer sous silence la rumba congolaise. Et pourtant … peut être moins connue que la rumba cubaine, cette musique des indépendances et du bonheur insouciant des années 60 a dominé la musique africaine dans son âge d’or. Avec pour les plus connus, Franco et son Tout Puissant OK Jazz, dont les paroles audacieuses comme « La femme que j’ai épousée avec mon argent ose me demander où j’ai passé la nuit » ne l’ont pas empêché d’être qualifié de Balzac de la rumba. Voici son « Mario » de 1985. Et aussi Le Seigneur Tabu Ley Rochereau, le père du rappeur Yossoupha. Le Seigneur avec le Tout Puissant ont réalisé un disque en duo, dont je vous extrais cette « Suite, lettre n°1 ».

La rumba congolaise sera représentée le jeudi, d’abord par les vétérans de Bakolo Music International et ensuite par Baloji, la nouvelle coqueluche belge d’origine congolaise. Dimanche à 14h, les amateurs devront se lever de bonne heure pour ne pas rater l’Orchestre Les Mangelepa, groupe pionnier, fondé il y a 41 ans par des congolais exilés au Kenya, et gardien de la rumba congolaise des années 70.

Comme je ne veux pas avoir des embrouilles avec les Gitans, je n’oublie pas la rumba catalane, que je ne connais pas au delà des Gypsy Kings.

Affiche Rio Loco

La programmation du Rio Loco ne se limite pas à la seule  thématique rumba. Elle s’élargit dans ce qu’ils appellent un grand mix musical planétaire. On trouvera sur le site de FIP, la radio partenaire, une présentation exhaustive du programme.

Parmi les grands noms, on relève Ebo Taylor, né en 1936 au Ghana, dans le programme de vendredi. Sa musique, un trait d’union entre le higlife d’Accra et l’afrobeat de Lagos, a connu un âge d’or dans les années 70. Disparu des écrans radars pendant 30 ans, Ebo Taylor a fait son retour à 75 ans en 2010. Il est d’ailleurs passé à à Toulouse en 2013 mais je l’avais raté. On ne peut plus maintenant se permettre de rater trop souvent cette légende  vivante. Voici son « Love & Death ».

On relève également Johnny Osbourne, the Godfather of Dancehall, à presque un demi-siècle de carrière, qui passe le jeudi. On lui doit le riddim d’intro de la chanson « Le Bilan » des Neg’Marrons. Ce n’est pas rien …

Et en final du dimanche, la chanteuse malienne Oumou Sangaré. La reine ambassadrice du Wassoulou depuis 30 ans et maintenant femme d’affaires. Voici « Minata Waraba » extrait de son dernier album où on retrouve les ambiances que j’imagine être celles du désert. Avec une pensée pour son compatriote Kassé Mady Diabaté qui nous a quitté il y a un mois. J’ai un merveilleux souvenir de son concert en 2016 dans la salle Nougaro.

Oumou Sangaré - Mogoya

Rio Loco fait pas que programmer des noms connus. La grande qualité de ce festival est de nous faire découvrir des artistes en dehors des circuits du bizness mondialisé, de ceux qui nous laissent souvent sous le choc émotionnel de ce qu’on n’a jamais entendu ailleurs. Merci monsieur Hervé Bordier !

Difficile d’exister à côté de Rio Loco. Il faut aller dans le Tarn et Garonne, à Moissac, où le Festival des voix, des lieux et des mondes nous offre une très belle affiche. Dont un concert des Ogres de Barback avec le Bal Brotto Lopez, le 16 juin, dans le village de La Française. Un de mes collègues bloggeur prétend que Brotto est ce que le Lot a produit de meilleur depuis les cabécous. A vérifier sur place … Dont la chanteuse Camille le 25 juin. Camille vaut le déplacement.

Un peu de culture scientifique ne peut pas faire de mal pour finir. La finale nationale « Ma thèse en 180 secondes » aura lieu le 13 juin au TNT, organisée par le CNRS. On trouvera sur scène 16 doctorant.e.s de toute la France, qui s’efforceront de faire comprendre des années de recherche en 3 mn, en conjuguant les 3 C : contenu, clarté, charisme. Ce principe me rappelle un peu ces fameuses méthodes de lecture rapide qui ont permis à Woody Allen de lire « Guerre et Paix » en 20 mn. Il en a retenu que ça se passe en Russie.

Encore le CNRS au TNT, qui organise les 15 et 16 juin un forum sur le thème « Que reste-t-il à découvrir ? ». Une centaine de chercheurs viendront partager leurs découvertes et débattre autour des défis majeurs de la connaissance. Peut être une occasion pour inclure enfin dans le débat tout ce qui existe mais que les scientifiques officiels disent que ça n’existe pas parce qu’ils sont incapables de l’expliquer. Par exemple Numérologie, Cartomancie, Astrologie, Sourcier, Tables tournantes et autres Immaculée Conception … la liste est longue, ce ne sont pas les mystères qui manquent.

4 juin 2018

Vous avez pu constater que la Vie en rose s’est ouverte à la concurrence. Seulement voilà, je n’y étais pas préparé et d’autres que moi ont raflé les droits du foot et ceux de l’actualité culturelle de cette semaine. Il ne me reste plus que des miettes, des clopinettes, un genre de petites lignes pas rentables. Mais aussi, avec des mots comme clopinettes, comment peut-on exister sur un marché aujourd’hui ouvert et globalisé ? Pourquoi pas des rougnes ou des rogatons, tant qu’on y est avec les mots du vieux monde ? Et même avec ceux du monde du temps jadis.

La Ballade des Dames du Temps Jadis est un poème de François Villon que Brassens a popularisé en le mettant en musique sur un rythme de mazurka. Yves Le Pestipon nous parlera de Villon et de son poème le lundi 4 juin, à 17h30, dans la librairie Ombres Blanches. Le Pestipon est ce professeur de lettres en khâgne qui a la bonne idée de nous présenter tous les mois un texte d’un auteur classique. L’entrée est libre, ça dure une heure et demie, c’est brillant, érudit, passionnant. Allez-y, vous en sortirez encore davantage cultivé, si c’est possible.

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Il nous faut donc faire des efforts de compétitivité. Upgrader notre logiciel. Changer de paradigme. Faire turbuler le système. Innover avec des propositions disruptives. Disruptif, Jean Luc Verna l’est assurément, au moins par son apparence. Ses dessins d’oiseaux sont exposés au Museum jusqu’au 7 juillet. Etant lui même un drôle d’oiseau, ne manquez pas la vidéo dans laquelle on peut le voir nous expliquer sa conception de l’art et de la vie. La maladie première, c’est d’être vivant, nous dit-il.

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 Il nous faut mettre un point d’arrêt à l’immobilisme. Adopter le new management. Migrer vers le benchmarking. Gagner en verticalité. Elargir notre exposition médiatique. Des expositions, il n’y a que ça cette semaine :

Nicolas Borderies expose quelques uns de ses tableaux dans la galerie Roger Betti rue Fermat. Dommage que cet endroit manque un peu de recul pour apprécier vraiment ses peintures. Nicolas Borderies a ce talent bluffant pour donner, quand on les voit de loin, du relief et de la netteté à des formes qui ne sont que des tâches floues vues de près. « Deux choses essentielles pour peindre un paysage : recréer l’atmosphère d’une part, et l’illusion de profondeur d’autre part ».

Nicolas Borderies - Galerie Roger Betti

Comme chaque année, le collectif Vertiges expose ses photographies en plein air au camping Namasté de Puysségur. Après Liverpool, Hambourg … ils nous montrent cette année des photos de la ville de Constanta en Roumanie. Ils vont en général là où on n’irait pas spontanément, c’est une de leurs nombreuses qualités. Vernissage le 16 juin, rencontre avec les artistes le 17 juin et expo visible jusqu’au 7 octobre.

Vertiges Juin 18 - Constanta

Je vous recommande enfin l’exposition Icinori, visible au centre culturel Bellegarde jusqu’au 21 juin. Ce nom mystérieux abrite l’activité graphique d’un jeune couple franco-japonais. C’est très beau à voir, tout en étant un puissant support à l’imagination et à la rêverie.

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Le progrès demande une bonne articulation des temporalités. De ne pas perdre de vue la timeline du changement. Et de faire avec le temps long. Les 50 ans de la Cave Poésie seront célébrées le 8 juin avec une lecture des Mille et Une Nuits sur une durée de 50 heures, du vendredi 8 juin à 19h jusqu’au dimanche 10 juin à 21h.

Enfin, si vous avez du mal à décoder les langages de l’ancien ou même du nouveau monde, essayez Serge Pey, notre poète toulousain qui viendra à la librairie Ombres Blanches le 13 juin à 18h nous présenter son dernier recueil intitulé « Mathématique générale de l’infini ». Serge Pey combiné aux mathématiques, ça fait quand même deux sérieuses façons de ne plus rien comprendre du tout.

 

28 mai 2018 – Printemps du Forró

De source bien informée, on me dit que Toulouse est le meilleur endroit en Europe pour danser le forró. C’est là qu’il y aurait le plus de musiciens, de danseurs, de bars forró-friendly … bref d’effervescence.

L’apogée de ce bouillonnement, c’est le Printemps du Forró. Depuis sa 1° édition en 2015, La Vie en Rose vous parle de ce festival, mais là,  pour la 4° édition, vous avez carrément droit à un numéro spécial.

On ne va pas vous réexpliquer ce qu’est le forró  (regardez ici),  ni où on peut le danser à Toulouse : vous n’aviez qu’à suivre !

Vous pouvez quand même vous rattraper sur le site de la nouvelle association Simbora « Forró à Toulouse et en Occitanie » : toute l’année, tout sur le forró dans la région.

Cette année le Printemps du Forró s’étalera du 30 mai au 3 juin. Film, bals sauvages sur les places toulousaines, concerts, stages, danses, afters, artistes venus en direct du brésil : la programmation est copieuse.

Primtemps du Forro - Affiche

En fait, on commencera dès le mardi 29 mai avec du cinéma, ça pourra même plaire à ceux que danser n’emballe pas. L’American Cosmograph projette « Moro no Brasil », un road movie groovy dont le coeur bat au rythme cadencé des musiques brésiliennes. La bande annonce fait furieusement penser à Buena Vista Social Club.

Cette année, l’instrument phare du festival sera l’accordéon à 8 basses (oito baixos) et, comme au Brésil on ne s’embête pas avec les noms de scène, l’invité d’honneur est Heleno … dos Oito Baixos !

A Toulouse, ça pourrait donner Corentin de l’Accordéon, Lola de la Rabeca, Elisa du Cavaquinho ou Victor de la Zabumba, mais ça ne se dit pas. C’est bien dommage…

Corentin Restif - Jean LucCorentin Restif

Heleno qui vient du Pernambuco (Nordeste du Brésil), retrouvera sa fille Lenilda Verissimo de Moraes, incontournable chanteuse des scènes forró toulousaines. Ce sera la tête d’affiche de la grande soirée du samedi 2 juin à la MJC du Pont des Demoiselles avec les groupes Maracaju, Aladé et Léo Corréa e o forró Bacana

Parmi les autres temps forts du festival, un bal fou de forró. le jeudi 31 mai avec l’explosif Coletivo Mandacaru.

Le vendredi 1° juin, sous les étoiles du parc St Exupéry, on mixera les cultures nordestine et occitane dans un  bal géant avec Maracatu Naçaõ Oju Oba, la Pifada, Marie Constant et ses accordéons diatoniquesForró Magnetico et le duo d’accordéonistes Brotto-Milleret. Brotto, c’est ce que le Lot  a produit de meilleur depuis le cabécou.

Et le dimanche 3 juin, fin en apothéose : capoeira, roda de côco, cavalho marino et bal avec le collectif du forró toulousain. On ne sait pas encore qui c’est mais, comme je vous l’ai dit au début, ils sont nombreux…et ils mettent le feu !

Pour la mise en bouche, le teaser vous présente l’édition 2018 mais un teaser c’est de la propagande, si vous voulez vraiment savoir comment ça va se passer, regardez plutôt le résumé de l’an passé.

Et si ça vous rend dingue de forró, la billeterie en ligne est ouverte.

Où ça se passe et à quelle heure ? Je vois que vous avez déjà oublié que je vous ai donné le détail de la programmation.

Simbora !

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Printemps du forró 2017 (© Céline Lajeunie)

21 mai 2018

Pour ce qui est de mon nom, on dit Bach et pas Back, comme l’autre. J’ai passé ma vie à faire rectifier. Je partage cette servitude avec François Bayrou, qui doit sans arrêt arbitrer entre Beyrou, Baïrou ou Bèrou … et avec quelques autres modernes Sisyphe qui doivent inlassablement corriger les écarts de prononciation de leur nom. Il faut aussi que je me coltine tous les jeux de mots avec Bach quand arrive la saison du bac.

Et on commence donc par Réviser son Bach, avec ces séances gratuites dans la semaine :

– Le 26 mai à 19h, dans les Jardins du Muséum, concert avec Sylvain Picard, Grégory Daltin & Julien Martineau, le roi de la mandoline, dont la dernière prestation à Odyssud a fait l’objet d’un compte rendu dithyrambique par Hubert Stoecklin.

– Les 29, 30 et 31 mai au Grand Rond à l’heure de l’apéro, avec le pianiste Philippe Gelda

Julien Martineau

Julien Martineau

On continue avec le festival Passe Ton Bach qui se déroulera les 1, 2 et 3 juin. Vous en connaissez le principe, qui est un peu celui du Marathon des Mots : une centaine d’évènements assez courts, disséminés dans une trentaine de lieux, autour de la musique de Jean Sébastien Bach. Cette dixième édition a été intitulée « Flash Bach », car elle nous donnera l’occasion de pouvoir réentendre certains des artistes qui ont le plus marqué le festival dans les années écoulées et pouvoir écouter un concert dont tout le monde avait parlé et auquel on n’avait pu assister ! Un Parcours Flash Bach est d’ailleurs spécifiquement prévu dans le programme. A signaler également un Parcours Insolite, avec des musiciens assez baroques pour faire partie de la famille. Vous savez peut être que le terme baroque désignait une perle irrégulière et par extension tout ce qui est bizarre ou étrange, et à l’arrivée « un monde où tous les contraires seraient harmonieusement possibles ».

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Ouverture du festival le 2 juin à 14h avec la Caravane Baroque et clôture le 3 juin à 19h avec la Messe Brève jouée par l’Ensemble Baroque de Toulouse dirigé par Michel Brun. Les messes ne sont jamais assez brèves, à mon goût. Le concert sera précédé par le Jazz manouche de Krachta Valda et par la musique kletzmer de l’ Artichaud Trio.

Pour ceux qui n’aiment pas Bach, et il y en a, voici quelques concerts de substitution :

– Le 23 mai, au Metronum, le chanteur Barcella, présenté comme un enlumineur de mots, à la fois solaire et lunaire.  Il ne lui manque plus que d’être aussi jupitérien pour être parfait. A signaler Jacso avec Amestoy & Serge Lopez en première partie .

– Le 25 mai, toujours au Metronum, Gren Sémé et son maloya réunionnais, qu’on a vu l’an passé à Rio Loco.

– Le 26 mai, encore au Metronum, Initiative H, et ses pointures jazz amenées par David Hauchedry, en Release Party de leur 3° album « Broken Land ».

– Le 25 mai, le groupe de Jazz New Orléans Clarafond est programmé au French Pub de Tournefeuille pour la 4° fois. Profitez-en, ils sont encore abordables.

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– Enfin le Bijou accueillera Guillaume Farlay & Nicolas Jules les 30 & 31 mai dans le cadre de leur festival Lève ton Vers.

Vous connaissez peut être l’excellente librairie L’Autre Rive, avenue Etienne Billières quartier Saint Cyprien. Les 25 & 26 mai, cette librairie fêtera (déjà) ses dix ans d’existence. A signaler en particulier le 26 mai à 17h une lecture par Sylvie Maury & Mathieu Hornain des « Petits Chevaux de Tarquinia » de Marguerite Duras. J’ai gardé le souvenir que les personnages passent leur temps à discuter en buvant des Bitter Campari. Suivi à 19h30 par le spectacle de Olivier Jeannelle en solo « Au bout du comptoir, la mer », que j’ai vu au Grand Rond, je vous le recommande. Les mêmes Sylvie Maury & Mathieu Hornain donneront le 24 mai à 19h30 à Bellegarde une lecture des « Nouvelles » d’ Anton Tchekhov.

Dans le cadre du Week-End d’Art Contemporain WEACT, les gravures d’une dizaine d’artistes de l’association Estampadura seront exposées du 23 mai au 7 juin au Majorat de Villeneuve-Tolosane sous le titre « Camouflages ». Ouverture du mardi au samedi de 15h à 18h (05 62 20 77 10) et rencontre avec les artistes le dimanche 3 juin à 15h.

WEACT - Jacques Muron

Jacques Muron

De la danse enfin avec « What do you think ? » de Georges Appaix, du 23 au 26 mai au théâtre Garonne. Philosophe saltimbanque, Georges Appaix lance six danseurs à la poursuite de cette question : à quoi tu penses quand tu danses ?

Une question que l’on pourrait aussi poser aux danseurs de Forro. Dans la perspective d’une ouverture à la concurrence de la Vie en rose, vous aurez droit la semaine prochaine à un numéro spécial Printemps du Forro, écrit par un certain Jean Luc, qui a réussi à se faire un prénom.

14 mai 2018

Au menu de cette semaine, il y a de la soupe aux poireaux. Avec une recette de Marguerite Duras : La soupe au poireau. On croit savoir la faire, elle parait si simple, et trop souvent on la néglige. Il faut qu’elle cuise entre quinze et vingt minutes et non pas deux heures – toutes les femmes françaises font trop cuire les légumes et les soupes… ». La recette est tirée du chapitre « La maison » de son livre « La vie matérielle », dans lequel elle suit le fil de son expérience intime qui la mènera à la mère, à l’enfance, à l’exil, aux rapports homme-femme, à l’éducation des enfants, à l’amitié, à la guerre, à l’écriture toujours … bref à une conception entière de la vie. Elle déploie la trame du quotidien jusqu’à en dégager une vision philosophique et politique.

Dans la pièce « La Cuisine de Marguerite », la comédienne Corinne Mariotto nous dit des extraits de ce livre, tout en préparant devant nous la fameuse soupe, qu’elle nous donne bien sûr à manger à la fin de la pièce. Au même titre que Marguerite Duras et que la soupe aux poireaux, ce spectacle est devenu un classique ; il tourne depuis plusieurs mois, on ne s’en lasse pas. Et comme la soupe, il est inratable. Interprété par Corinne Mariotto, avec Muriel Bénazéraf à la direction d’artiste, « La Cuisine de Marguerite » sera reprise au Grand Rond du 15 au 29 mai. Une devinette : saurez-vous trouver l’auteur et l’interprète de ce chef d’œuvre « Pan, pan, pan, poireaux pomm’ de terre », composé, paraît-il, pour faire la promotion de la soupe en sachet ? 

La cuisine de Marguerite 2

Après la soupe qui nous a fait grandir le corps, voici trois occasions de nous élever maintenant l’esprit, tout en sortant des sentiers battus :

La première occasion avec le festival Pint of Science, qui nous invite du 14 au 16 mai à rencontrer des scientifiques autour d’un verre pour évoquer leurs dernières recherches et découvertes. À Toulouse, ces rencontres auront lieu dans 8 cafés partenaires. Il n’y normalement pas de sélection pour entrer dans les bistrots, et c’est peut être pour ça qu’ils sont souvent plein d’étudiants. Mais attention, quand les bistrots deviennent des lieux de savoir, les places deviennent limitées et il faut réserver. Au programme des trois jours, un vingtaine de sujets sexy et alléchants, comme par exemple « Les sciences en quête de vérité », « Mémoire, délivre nous tes secrets », « Passé, qu’as tu à nous dire ? », « L’animal, un humain comme les autres ? » … Et évidemment, un sujet sur l’Intelligence Artificielle : « Supercalculateurs et IA, le futur est-il déjà là ? ». Cédric Villani nous dit qu’il n’y a rien d’intelligent dans l’IA.

Le cerveau est l'organe le plus important

La deuxième occasion avec le  festival L’histoire à venir, qui tiendra sa deuxième édition du 17 au 20 mai sur la thématique « Humain, non-humain ». Le 17 mai à 18h, à l’Hôtel de Département, ouverture du festival avec une conférence de Jean-Claude AmeisenSur les épaules de Darwin ») avec François-Xavier Fauvelle.  Dans un programme très riche, principalement constitué par des conférences et des rencontres, j’ai également relevé une rencontre avec Jacques Testart, le vendredi 18 mai à 18h au Théâtre Garonne, sur le thème « Transhumanisme et éthique de la science ». Biologiste de renommée internationale, Jacques Testart a été à l’origine des recherches ayant permis la naissance du premier bébé éprouvette. Lors de cette rencontre, il s’agit de revenir sur son expérience de chercheur, les enjeux posés aujourd’hui par la sélection humaine à partir des embryons, et ses travaux récents sur le transhumanisme. Il parlera également de son attachement aux conférences de citoyens et de l’association Sciences citoyennes.

La troisième occasion avec la Nuit européenne des musées, qui se tient le samedi 19 mai dans toute l’Europe. C’est normalement fait pour donner envie d’aller dans des musées à ceux qui n’y vont pas souvent. Au programme de Toulouse, on trouvera le Musée du Vieux-Toulouse qui propose à ses visiteurs de venir découvrir et entendre « La Toulousaino », écrit en 1845 par Lucien Mengaud et mis en musique par Louis Deffès. Un hymne à la Ville rose, qui est resté pendant longtemps une sorte de Marseillaise des Toulousains.  Dans le cadre magnifique de la cour de l’hôtel Dumay, la chorale des Mâles au Chœur de Tolosa nous fera entendre son répertoire de chants occitans et basques (concert à 20h30, répété à 21h30).

La Toulousaino

Le Musée de la Résistance qui organise, avec le concours de Linda Cazes et de son association « Lili Retro Treasures », un Défilé de Mode des années 1940 de 19h30 à 21h. Et encore le Musée Labit et sa « Nuit de Chine, Nuit magique ! » de 20h à 1h. Et le Musée Dupuy qui nous donne 4 rendez-vous avec la magie à 21h, 22h, 23h et minuit. Et le Musée des Augustins qui prêtera, de 19 h à 1h, ses murs majestueux à un jardin virtuel éphémère, délicatement lumineux et bruissant, créé par Juliette Virlet en collaboration avec Le Proyectarium.

Nuit des Musées - Augustins

L’association ARTO, celle qui organise le Festival de rue de Ramonville, propose également, de mai à novembre, une Saison itinérante de spectacles de rue sur Toulouse, Ramonville et d’autres communes du Sicoval (Intercommunalité du Sud-est toulousain). Le lancement de la saison aura lieu le 17 mai à 19h à Ramonville avec le spectacle « Regards en biais » par la Cie La Hurlante. Une déambulation sur les pas d’un fou. Jeudi 17 mai 19h Ramonville – Place Pablo Picasso – Gratuit – Tous publics à partir de 8 ans. Le spectacle sera suivi d’un apéritif.

Un rendez-vous notable le 16 mai au Taquin : le groupe Aquaserge, à l’interface entre la chanson française pop et le jazz. Ecoutez leur reprise de « Si tu t’en vas » de Léo Ferré.

Et enfin, pour ma Gersoise préférée, toujours curieuse de savoir comment je vais retomber sur mes pattes, je signale que Wally sera le 20 mai à Riscle. Une information peut être plus utile pour elle que celle de la recette de la soupe aux poireaux.

Réponse à la devinette : Auteur Boris Vian, compositeur Alain Goraguer, interprète Maurice Chevalier

 

7 mai 2018

Il y a ceux qui font de la photo, et il y a ceux qui font des photos. L’an passé, le festival de photo MAP nous avait montré des photos de famille. De celles qu’on met dans des albums où on se revoie quand on était petit avec tonton Roger ou tatie Yvette. A part peut être une madeleine, il n’y a pas mieux qu’une photo pour retrouver le temps perdu. Ces albums de famille sont le trésor des pauvres, celui qu’on sauverait en premier. Ces vieilles photos sont d’autant plus précieuses qu’elles étaient rares à l’époque. Aujourd’hui les photos sont devenues omniprésentes, et on serait même techniquement capable d’enregistrer en vidéo notre vie entière, mais on n’aurait plus le temps de la regarder.

Photo de famille - Monsieur le Détraqué

Au delà de ces photos de famille, le festival MAP 2017 nous avait montré beaucoup de choses bien intéressantes. J’attends donc avec intérêt la cuvée 2018, d’autant que le festival fête cette année son 10° anniversaire. Toujours gratuite, la manifestation se déroulera dans les halles de la Cartoucherie du 4 au 20 mai. Les Halles de la Cartoucherie (avenue de Grande Bretagne, Tram Casselardit) sont un vestige du passé industriel de la ville, en attendant qu’on leur trouve un nouvel usage qui leur conservera, je l’espère, l’odeur de la poudre.

MAP - Halles de la Cartoucherie

Quinze expositions cette année, où on trouvera des jeunes talents et des photographes de renom. Pour ses 10 ans, le festival a choisi de favoriser les rencontres entre différentes disciplines. Ainsi on trouvera associés en binôme Antoine d’Agata, l’un des plus grands photographes contemporains et l’artiste sérigraphe, coloriste, auteur de BD et musicien, Pakito Bolino. On trouvera également le résultat de la rencontre entre les deux artistes toulousains, le grapheur Tilt et le photographe Gaël Bonnefon.

MAP - Gaël Bonnefon & Tilt

Le Théâtre Sorano programme du 11 au 23 mai (relâche les 13, 19, 20 et 21) la nouvelle création du Groupe Merci dirigé par Solange Oswald. Il s’agit de la pièce « Avant la Retraite », une des pièces les plus cruellement décapantes de Thomas Bernhard. Un ancien directeur de camp de concentration, aujourd’hui juge à la veille de la retraite, s’apprête à commémorer clandestinement la mort d’Himmler, haut dignitaire de l’époque nazie. L’histoire d’un paisible foyer où l’adoration et la ferveur du nazisme refont surface. Il faut que je fasse attention à ne pas vous parler trop souvent des Nazis, vous allez croire qu’il y a eu autrefois quelque chose entre eux et moi.

Le 10 mai à 18h30, le Museum organise une conférence sur le suivi des oiseaux. Profitez-en tant qu’il en reste quelques uns, vous savez que les oiseaux disparaissent de nos campagnes. Les oiseaux sont une des rares manifestations visibles de la vie sauvage.

Berth - Siné Mensuel Mai 18

 Berth – Siné Mensuel

Il existe un pianiste médiatique qui explique les coulisses des œuvres classiques au grand public. Ce n’est pas Jean François Zygel, c’est l’autre, Philippe Cassard, connu en particulier pour sa série d’émissions Notes du Traducteur sur France Musique. Le nom de Philippe Cassard est étroitement lié à Claude Debussy, dont il a enregistré une intégrale en 1994 et à qui il vient de consacrer un nouveau livre. Une rencontre avec Philippe Cassard aura lieu le 14 mai à 18h à la librairie Ombres Blanches. Le même Philippe Cassard sera le lendemain à 18h15 et à 21 h aux Carmélites pour un récital Franz Liszt dans le cadre de la Saison Bleue.

Nettement plus proche de nous que le centenaire de la mort de Debussy, le cinquantenaire de Mai 68, abondamment célébré ici et là. Des photos de Mai 68 à Toulouse par Tony Ser sont exposées jusqu’au 19 mai à Altigone Saint Orens. Sur le même thème, une exposition organisée par l’équipe de Manifesto est visible au Quai des Arts à Cugnaux jusqu’au 26 mai.

Mai 68, c’était aussi L’Enragé, ce journal à l’existence éphémère, fondé par Jean Jacques Pauvert avec le dessinateur Siné en première ligne. Voici la couverture du numéro 1

L'Enragé n° 1

Je dirais qu’il y a des choses qui n’ont pas beaucoup changé en cinquante ans, si je n’avais pas quelques photos de moi qui me prouvent malheureusement le contraire.