2 novembre 2015

Il n’y aura qu’une capitale culturelle dans la future grande région et ce sera Montpellier. Bigre ! Ce scénario catastrophe est envisagé dans la brochure du festival Des théâtres près de chez vous, qui évoque une régression sociale et politique majeure. On n’est pas obligé de partager cette vision radicale soutenue à coup de points d’altérité fatigants, mais il est vrai que tout le monde râle à Toulouse contre la baisse des subventions culturelles. J’espère surtout qu’ils vous auront donné envie d’aller plus souvent au théâtre. Et justement, la 5° édition de ce festival vous en donnera l’occasion du 6 au 25 novembre. Vous en connaissez le principe : neuf salles parmi les plus sympas se regroupent pour une formule au prix unique de trois euros, une fois qu’on a achetée une première place au prix normal. Un peu l’inverse des formules d’abonnements des opérateurs téléphoniques.

Pour voir quoi ? Une trentaine de spectacles différents sont présentés, vous avez donc largement le choix. Voici une sélection avec un spectacle par lieu, forcément arbitraire et injuste pour les spectacles que je laisse de côté.

1- L’inauguration du festival aura lieu le 5 novembre au théâtre du Ring, route de Blagnac, avec de la musique électro et rock. Un genre bien différent de celui de l’année dernière à la cave Poésie, où on avait eu droit à un bal Dulieux – Boccalini tout à fait sensationnel. En voici une photo de Christian Carrère :

 Photo Dulieux Boccalini - Christian-Carrère

2- Du côté de l’AGIT théâtre, ne manquez pas le spectacle Sankara Mitterand qui passe le samedi 14. Je l’ai vu l’an passé et ce spectacle est fascinant. Il est basé sur la rencontre qui a eu lieu en 1986 à Ouagadougou entre Mitterand et Sankara. On nous montre d’ailleurs quelques images d’archives où l’on voit ce Sankara qui avait l’air d’être un sacré bonhomme. La pièce a été écrite par Jacques Jouet, un représentant de l’Oulipo qui fait partie de la bande des Papous dans la tête. La première trouvaille de ce Jouet, c’est d’imaginer un système aléatoire pour faire tourner la parole. Les protagonistes ont la bouche pleine de grains de maïs, et celui qui parle doit, au bout d’un certain temps, cracher dans une calebasse placée devant lui. Si la graine tombe dedans, il continue à parler. Sinon, il passe la parole. Un genre de tirage de Bernouilli si vous voulez, mais à la mode africaine. Les représentations sont de la sorte imprévisibles et on peut imaginer, même si c’est peu probable, que la parole soit conservée par le même acteur pendant toute la pièce. Jouet s’est amusé d’une contrainte supplémentaire, celle de transcrire la parole de Sankara en alexandrins. Son texte est vraiment superbe et n’élude aucune des grandes questions qui se posaient et se posent encore dans les rapports entre pays du Nord et pays du Sud.

3- A la Cave Poésie, vous pourrez voir New York Jazz Poetry le mardi 12, avec le trio Un chat dans la table de nuit qui fera entendre Moins qu’un Chien, l’autobiographie de Charlie Mingus. Je connais à Tournefeuille un contrebassiste qui a pris Mingus comme pseudo. Le vrai Mingus est également un très bon contrebassiste et il raconte qu’il n’a pas eu une vie facile comme musicien dans les States des années 50. Et en plus il aurait pu être noir …

4- Le théâtre du Chien Blanc programme Le Gardien d’après Harold Pinter et le regard de Francis Azéma, du 12 au 14 novembre. J’ai un copain qui joue dans cette pièce, c’est un peu comme si vous le connaissiez aussi.

5- Le théâtre du Fil à Plomb se trouve rue de la Chaîne dans la quartier Arnaud Bernard. Je ne connais pas leurs spectacles. Par contre, ce théâtre partage sa cour avec la Kasbah, un des meilleurs restaurants de couscous de Toulouse.

6- Au théâtre du Grand Rond, du 10 au 14, vous pourrez aller boire l’apéro en écoutant le chanteur Chouf, qui viendra présenter son dernier album Hotel des fous. Chouf est passé avec un accordéoniste à la Cave Poésie en plein mois d’août, voici la critique de Claude Fevre

7- Mix’ Art Myris ? Je ne connais pas leurs spectacles mais il y a des soupes maison et une sélection de vins.

8- Au théâtre du Hangar, essayez Perdre Connaissance, qui passe les 6 et 7 novembre. La fille d’un copain joue dans cette pièce, c’est déjà bon signe.

9- Au théâtre du Pavé pour finir, je me laisserais tenter par Les temps difficiles, une pièce mise en scène par Eric Vanelle, du 10 au 14 novembre. Ecrite en 1934, « les Temps difficiles » est une pièce sur l’argent, son pouvoir sur les riches et les pauvres et sa capacité à corrompre les esprits. C’est une comédie où le rire franc vire au jaune et où la noirceur de l’âme humaine est un écrin parfait au cynisme joyeux et à l’écriture jubilatoire de Bourdet.

En 1934, ils avaient de la chance, puisque la crise était finie. En voici la preuve dans cette chanson d’Albert Préjean.

Dans l’actualité de la semaine, j’ai encore relevé :

Lundi à 18h30 dans la librairie Ombres Blanches, le rendez vous des Classiques au détail. Yves Le Pestipon viendra nous parler de Marivaux. Ce Marivaux a été ruiné par Law en 1720 et il dût se mettre à écrire des pièces de théâtre pour gagner sa brioche. Le théâtre quand même, il fut un temps où ça a eu payé …

Mardi à 18h30, à l’institut Cervantès, vernissage d’une exposition collective, dessinateurs ou peintres, en hommage à Manuel Vázquez Montalbán, celui de Pepe Carvalho, l’amoureux de Barcelone et de la bonne cuisine. Ecoutez L’Esquinade : dans cette chanson, André Minvielle évoque Pepe Carvalho en rendant hommage à ce restaurant toulousain. L’exposition sera visible jusqu’au 11 décembre. On y trouvera en particulier des peintures de Enrique Brickmann qu’on a vu récemment exposé par Jacques Roubert dans l’espace Croix Baragnon.

Enrique Brickmann

Mardi aussi, les affaires reprennent enfin à la Salle Bleue Croix Baragnon, avec le trio Catch autour de Beethoven.

Jeudi à midi trente, dans le cadre de la pause musicale salle du Sénéchal, J’ai rendez vous avec vous. Vous n’allez quand même pas poser un lapin à Georges Brassens ? Un hommage lui sera rendu par un trio guitares / contrebasse, dans lequel on trouve un certain Valentin Oustiakine … peut être le fils de cet adorable contrebassiste hélas disparu.

Pour terminer, revenons au commencement :

La ponctuation d’altérité, quézaco ? C’est un nouvel accord grammatical, inventé par une Toulousaine, qui consiste à mettre é-e-s à la fin des mots pour faire l’égalité entre masculin et féminin. En voici un exemple célèbre : « Motivés, motivées, soyons motivé-e-s ».

J’ai maintenant un nouvel abonné à Paris, capitale culturelle s’il en est. Je lui envoie des poutous.

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