14 décembre 2015

“This machine kills fascists”. Déjà dans les années 30, Woody Guthrie s’imaginait que l’on pouvait combattre les fascistes avec une guitare. Et en effet, deux bombes atomiques plus tard, la guerre était gagnée. De nos jours encore, on entend souvent dire que la culture est un rempart, un barrage, une digue contre qui vous savez. Comme Télérama nous dit que le secteur culturel est en pleine croissance en France, on ne devrait pas avoir à se faire autant de souci. Pour cette semaine, voici quelques idées de sorties dont vous feriez bien de profiter tant qu’il est encore temps.

Woody Guthrie

Lundi 14 décembre à la Halle aux Grains, le groupe Bratsch spécialisé dans les musiques tsiganes, qui met fin à plus de 40 ans de carrière, et Quai n°5, un groupe parait-il inclassable. Le concert est organisé par l’Amicale des Arméniens de Toulouse, au bénéfice des enfants d’Arménie et de Toulouse. Elrik Fabre-Maigné a fait une jolie chronique sur les arméniens et sur l’histoire de l’Affiche Rouge, cette chanson si poignante de Léo Ferré sur un texte d’Aragon. Il termine en nous disant lui aussi que la musique, le partage et la convivialité, c’est la meilleure réponse aux terroristes !

Mardi 15 et mercredi 16, Ibrahim Maalouf à Odyssud Blagnac.  Ibrahim est le neveu de Amin Maalouf le romancier, celui qui a écrit entre autres Léon l’Africain et Le rocher de Tanios. Il joue de la trompette arabe, munie d’un quatrième piston pour les quarts de ton. Il nous propose un hommage à Oum Kalthoum en reprenant un de ses morceaux Alf Leila we Leila. Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Oum Kalthoum, une des plus grandes chanteuses de tous les temps, toutes catégories confondues. Ses disques ne sont malheureusement pas correctement diffusés. Vous pouvez quand même la trouver sur You Tube. Dans l’immensité de son répertoire, essayez Enta Omri, Fakarouni, Al Atlal et Hakam Aleina el Hawa, son dernier enregistrement avant sa mort en 1975. Attention, vous risquez de ne plus pouvoir vous en passer.

Mercredi 16, Les Innocents reconstitués passent au Metronum, avec Jules Nectar en première partie. Le 16 et le 17, Fredo passe au Bijou dans un répertoire en hommage au chanteur Renaud. Mais il parait que c’est déjà complet. Consolez vous en vous disant que quand on parle de Renaud, on le désigne souvent comme « le chanteur énervant ».

Jeudi 17, les amateurs d’accordéon ne rateront pas l’accordeonistada qui aura lieu à la Maison Blanche, dans le quartier Arnaud Bernard. “ Au programme, comme d’habitude, pas de programme ! Simplement l’habituel charivari de lames en folie, le déluge de notes, la tempête de soufflets, et quelques demis pour faire tourner la machine ! comme en témoigne cette vidéo de la dernière édition (fête de la musique 2015) “. Vous trouverez aussi quelques photos souvenir sur ce site.

Ce jeudi 17 encore, Richard Pinhas passe aux Abattoirs à 19h. Richard Pinhas était le leader du groupe Heldon qui s’est illustré par son activisme musical dans la fin des années 70. Je vous joins un extrait du journal Libération qui date de juin 1976, il est instructif sur l’état d’esprit de l’époque. Richard Pinhas voyait sa musique comme une guérilla électronique. Et donc à cette époque Heldon distribuait gratuitement un disque en soutien à la RAF. Qui était la RAF ? La Rote Armee Fraktion, ceux de la bande à Baader, ceux qui combattaient le Kapital à coup de bombes et d’assassinats. “Quel con, ce Baader”, avait dit Sartre après l’avoir rencontré dans sa cellule.

Heldon - Libération juin 76

Jeudi toujours et à 19h30, Sylvie Maury à l’espace Bellegarde dans son cycle de lectures. Ce mois ci, extraits de la correspondance de Camille Claudel. Sœur de Paul Claudel, élève puis maitresse d’Auguste Rodin, Camille Claudel déchirée entre le rêve d’un amour partagé et la sculpture, décline vers la folie et est internée les trente dernières années de sa vie.

Jeudi 17 et vendredi 18, Fellag au théâtre Jules Julien dans son spectacle « Bled Runner ».

Et vendredi encore, au Bijou, Bertitas un groupe de six femmes. Je les ai vues à la soirée de présentation, leurs polyphonies vocales nous embarquent dans un tour du monde.

Je ne savais pas qu’il y avait une exposition de photos sur les grilles du Jardin du Grand Rond depuis fin novembre. Ces photos de Olivier Ciappa montrent des célébrités qui posent en couples imaginaires gays. Il se trouve que ces photos ont été vandalisées par un petit groupe de jeunes intégristes catholiques qui préfèreraient que l’homosexualité se cache. Du coup l’exposition sera remontée dans les jardins Raymond VI (à côté des Abattoirs) et on est maintenant parfaitement au courant qu’elle existe. Quels cons, ces intégristes !

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7 décembre 2015

Après une semaine de parenthèse, revenons à nos moutons à cinq pattes culturels. Les jours qui viennent n’en manquent pas, riches en propositions étonnantes, originales, touchantes, rigolotes, percutantes, explosives, carrément de la bombe … Il y en a pour tous les jours :

Ce lundi 7 décembre, à 17h30 dans la librairie Ombres Blanches, le brillant Yves Le Pestipon nous lira une lettre de Blaise Pascal à Pierre de Fermat. L’occasion d’un petit hommage toulousain à Fermat, mort voici trois cent cinquante ans. Vous trouverez le texte à cette adresse. Il parait que cette lettre fait rêver …

Mardi 8, suite des leçons de jazz au Bijou. Ce mois ci, leçon sur les Grands Ensembles par le Grand Chahut Ensemble et ses treize musiciens. Une écriture en grand format, dense, joyeuse, polychrome, d’un ensemble de chahuteurs animés tant par un désir commun d’exploration du son que par le partage d’un certain savoir-vivre sonore.

Le mardi aussi à 18h30,  vernissage de l’exposition de Laurence Fourcade au centre culturel Desbals. Je ne pourrai pas y aller, j’ai un autre vernissage à 18h, celui de Nicolas Borderies, « Portraits, Paysages et autres compositions », au CROUS du 58 de la rue du Taur. Deux choses essentielles pour peindre un paysage : recréer l’atmosphère d’une part, et l’illusion de profondeur d’autre part.

Marilu Marini jouera du 8 au 12 au TNT dans « la Journée d’une rêveuse » d’après l’univers de Copi sous la direction de Pierre Maillet. J’ai vu Marilu Marini dans l’Oiseau Vert au TNT il y a quelques mois, c’est de loin elle que j’ai préférée dans cette pièce. Romancier, dessinateur, dramaturge argentin installé à Paris, Copi était un artiste subversif et démesuré. Il dessinait « La femme assise » dans les beaux jours de Charlie Mensuel.

Copi - Qqch de drôle

Mercredi 9, n’allez pas voir Chevallier et Laspalès qui passent au Zénith. Ce sont ceux qui font sur France Inter cette publicité si énervante pour la Matmut. La Matmut a aussi donné son nom au stade de Bordeaux, la Matmut Arena. Les Girondins sont presque reléguables, on dirait que la Matmut ne choisit pas bien ni ses artistes ni ses équipes de foot. La mode du “naming” ne va pas tarder à arriver à Toulouse. Quelle va être l’entreprise qui va s’associer avec le stadium et les pitchouns du TFC, qui eux ne sont presque plus reléguables ?

Ce mercredi, allez plutôt à la cinémathèque voir “Le Voyage Cosmique”, un film de SF soviétique réalisé en 1935 et supervisé par Tsiolkovski, le père de l’astronautique. Une histoire de voyage interplanétaire avec un passager clandestin … Le film sera suivi d’un échange avec Fabienne Casoli chargée au CNES des programmes d’étude de l’univers, elle est un peu la chef de l’univers si vous voulez. C’est quand même autre chose que président de région.

Le jeudi 10, Agnès Bilh au Bijou. Elle nous dit :  Pour avoir toujours raison, il nous suffit d’être pessimiste. Vous savez quelle est la différence entre les pessimistes et les optimistes ? Les optimistes sont des imbéciles heureux et les pessimistes des imbéciles malheureux.

Le même soir, à 19h30 à la Grainerie de Balma, Pascaline Heervet propose une lecture du texte de son futur spectacle  » Les Petits Bonnets « . Pascaline Heervet est une ex du groupe Les Elles. Elle chante cette chanson addictive composée par Jacques Luley, celui qui fait la musique du générique des Papous dans la Tête : J’ai perdu mon amour.

Le pauvre Candide a lui aussi perdu son amour, quand il a été chassé du château à grands coups de pied dans le derrière pour avoir fait des câlins à mademoiselle Cunégonde. Du jeudi 10 au samedi 12, le Sorano programme “Candide, si c’est ça le meilleur des mondes”. Dans ce petit bijou philosophique, Voltaire dénonce avec virulence les obscurantismes et les fanatismes, les excès de l’injustice et l’intolérance. Il vous faut relire Voltaire encore une fois puisque la première fois n’a pas suffi à empêcher que les massacres se poursuivent. Et pour plus de sécurité, envoyons aussi les Rafales et quelques bombes.

Vendredi 11, emmenez votre Melle Cunégonde à vous écouter Electric Zarka au centre culturel Desbals, un quartet jazz avec Thierry « Zarca » Di Filippo (guitare et luth electriques), Colin Jore (basse electrique et contrebasse), David Haudrechy (saxophone soprano et machines), Fabien Duscombs (batterie).

Le festival Comme ça nous chante est organisé conjointement par le café Plum de Lautrec et par Chez ta Mère du 10 au 13 décembre. Sont programmés des artistes comme Bernard Joyet, Nicolas Jules, … Dimoné lui passe le samedi 12 Chez ta Mère.

Dimanche 13, à 19h à la Cave Poésie, Marie Popett nous fera un de ses retours instantanés du conseil municipal dont elle seule possède le secret. J’en ai déjà vu un, il n’y a pas d’embrouille, Marie Popett assiste réellement aux conseils municipaux de Toulouse. Elle  observe ce qui s’y passe d’un regard neuf, amusé et parfois stupéfait, façon Lettres Persanes et elle nous en fait un compte rendu décalé .

Voici la solution du jeu des innovations insolites de la semaine passée. Quand les innovations existent, je vous en donne la référence, mais il est difficile de prouver qu’une innovation n’existe pas, tellement les ressources des inventeurs farfelus sont inépuisables. En voici un dernier exemple en prime : un bar à chats, qui ferait aussi salon de thé et qui s’appellerait Chapristea, vous y auriez pensé ? Trop tard, quelqu’un va nous installer ça place du Capitole.