12 décembre 2016

Le Père Noël est une ordure, c’est sûr ! Vous avez probablement des cadeaux à faire pour Noël et j’espère que je ne vous apprends pas que ce n’est pas vraiment lui qui va s’en occuper. Comme moi peut être, dès l’abord, vous n’avez pas la moindre idée de cadeau et vous attendez tranquillement qu’elles vous tombent dessus par l’opération du Saint Esprit. Mais elles ne tombent pas, alors vous allez en ville en vous disant que vous trouverez bien quelque chose sur place. Il y a du monde partout et vous pensez que les gens pourraient quand même s’y prendre plus tôt. De guerre lasse, vous vous rabattez sur un gadget qui joint l’inutile au désagréable. Il y a une face sombre dans la magie de Noël.

pere-noel-mechant

Pas de panique ! La Vie en rose peut pour une fois vous servir à quelque chose, avec cette liste d’idées de cadeaux, naturellement teintés de culture toulousaine.

Primo, offrez des sorties. Offrir des tickets pour un spectacle vivant, c’est un cadeau très classe. Il n’est pas toujours judicieux de taper dans les goûts supposés de la personne. Offrez plutôt quelque chose que l’autre n’a jamais fait, quelque chose qui laissera forcément un souvenir. Une place pour l’opéra, pour l’orchestre symphonique, pour le cirque ou pour un match du TFC ou du Stade ou des Spacers. Un spectacle que l’on peut partager, comme une bouteille ou une couette, c’est encore mieux. Offrez par exemple un carnet Plein Feux, valable pour un large éventail de petites salles. Pensez aussi à cette idée de cadeau collectif pour une personne seule : une série de sorties où la personne sera à chaque fois accompagnée par quelqu’un de différent.

Deuxio, offrez un livre. Voici quatre suggestions :

Le Lexique amoureux de Toulouse vient de sortir. Dans ce livre coordonné par Dominique Porté, une quinzaine de figures toulousaines ont chacune rédigé une courte notice sur quelques uns des endroits de Toulouse, connus ou méconnus, qui leur tiennent à cœur. Les notices sont illustrées de photos de noir et blanc de Jean Dieuzaide. Ce livre fait l’effet d’un bouquet de violettes posé sur La Dépêche du matin.

Parmi les contributeurs à ce livre on trouve Greg Lamazères, qui de son côté vient de sortir le livre Toulouse art de vivre, accompagné des photos de Arnaud Späni. Je ne l’ai pas encore lu mais on peut lui faire confiance.

On trouve également Magyd Cherfi qui a sorti cette année Ma Part de Gaulois. Chacun sait qu’il n’est pas passé loin du Goncourt. Ce livre raconte son histoire des quartiers nord, centrée sur l’année 1981 qui est celle de son bac. Magyd Cherfi possède une écriture qui a du muscle et du coffre, elle n’est pas aseptisée. Elle me fait penser à celle de François Cavanna et à ses Ritals, c’est un compliment, sans compter la similitude des deux destins de fils d’immigrés marqués par leur enfance de pauvre et par leur amour de la littérature.

Il y a aussi le livre d’Elodie Pagès : 800 promesses de bonheur pour 8€ seulement. Pour 1 centime d’euro la promesse, il ne faut pas trop leur en demander.

Tertio, offrez un CD. Voici trois artistes que l’on a pu un jour ou l’autre croiser dans les rues de Toulouse :

Tout Juliette pour un coffret de 14 CD à 29,90 €, c’est presque cadeau pour un cadeau. Juliette vient d’être récemment honorée pour l’ensemble de son œuvre par l’Académie Charles Cros. Lisez ici l’excellent article de Michel Kemper sur le site de Nos Enchanteurs consacré à la chanson francophone.

Dick Annegarn comme André Minvielle, il y en a qui les aiment beaucoup, il y en a qui ne les aiment pas du tout. Si on faisait la moyenne, leur note serait médiocre. Leurs derniers disques, Twist pour l’un et Intime In Time pour l’autre, conforteront les fidèles dans leur adoration.

Voici maintenant une sélection de sorties pour la semaine qui vient :

Le 13 décembre à 21h au Bijou, Claude Fèvre rendra hommage à Barbara, avec un mélange de lectures et de chansons. Claude Fèvre est une passionnée de chansons, je vous recommande son blog Chanter, c’est lancer des balles.

Le 13 décembre, deux films à la cinémathèque : La Communion Solennelle de René Ferret à 19h et Chaines Conjugales de Joseph Mankiewicz à 21h. Trois amies embarquées ensemble pour quelques jours sur une île reçoivent chacune une lettre d’une quatrième déclarant être partie avec le mari de l’une d’entre elles, sans dire lequel. Conseillé à ceux ou à celles qui sont intranquilles dans leur couple, et aussi aux autres, s’il s’en trouve.

chaines-conjugales

Du 13 au 17 décembre au TNT, Aurélien Bory nous propose son nouveau spectacle Espaece, qui a été présenté au Festival d’Avignon cet été. Cette création est inspirée par le livre de Georges Perec, Espèces d’espaces. Vous pourrez lire ici une interview intéressante d’Aurélien Bory par Sarah Authesserre. Son objectif avec cette pièce est de « mettre l’espèce dans l’espace, ou même faire en sorte que l’espace et l’espèce coïncident », il vaut peut être mieux aller la voir pour comprendre ce qu’il a voulu dire par là.

eespace

Le 15 décembre, Benjamin Biolay au Bikini.

Du 13 au 17 décembre, au Théâtre Garonne, Maguy Marin & Kader Belarbi. Une excellente occasion d’assister à un vrai ballet.

Et d’ici la fin de l’année :

Du jeudi 15 au dimanche 18 décembre à 20h, le retour des Malpolis, Chez Ta Mère, le café associatif d’Arnaud Bernard. Après rénovation, Chez Ta Mère à l’air de nous revenir en pleine forme. Il faut certainement réserver.

Le jeudi 15 décembre à 12h30 dans la Salle du Sénéchal, le groupe Suonatori, dans la cadre des Pauses Musicales de 12h30. Le jeudi 22, dans la même série, Serge Lopez en duo avec Pascal Rollando.

Du 20 au 24 décembre à la Cave Poésie, le duo Les Güm’s, composé d’une petite délurée et d’un grand ahuri. Le moteur est l’ennui et le carburant, l’attente. Au début tout est normal, enfin presque. Après ça devient bizarre et à la fin, c’est n’importe quoi. Un spectacle répétitif et minimaliste, épuré et subtil, sans tape à l’œil. Je les ai vus à Ramonville, ça m’a plu mais ce n’est pas certain que ça plaise à Mr et Mme Tout le Monde et à leurs enfants.

les-gums-stoik

Proche de la place des Tiercettes, le théâtre du Fil à Plomb vient lui aussi d’être rénové, la salle est maintenant toute mimi. Elle accueillera Magyd Cherfi les 30 & 31 décembre. Avec lui, vous terminerez l’année en bonne compagnie.

Pour cause de Noël, cette lettre sera la dernière de l’année 2016. La prochaine sera pour le 9 janvier, inch’ Allah.

Publicités

5 décembre 2016

Une semaine exceptionnelle puisque je n’ai pas réussi à dénicher un nouveau festival. Nous entrons dans une sorte d’hibernation où les festivals vont se raréfier, pour repartir de plus belle au printemps. Difficile de faire le compte de tous les festivals à Toulouse … Il y en aurait une centaine par an selon moi et peut être le double selon les organisateurs. Il est donc très rare de trouver une semaine sans festival, presque aussi rare que de trouver une ville sans son festival d’été. Sempé en a pourtant trouvé une :

sempe-festival

Avis aux organisateurs : il y aurait donc un créneau dans cette semaine pour une de vos bonnes idées. Comme pour une primaire, un festival réussi nécessite de réunir quelques invités people, un jury qui maintient le suspense sur le gagnant et un maximum de couverture médiatique. La restauration bio ou vegan est quasiment obligatoire. Pour ceux qui s’en plaindraient, je rappellerais qu’il y a eu pire avec cette époque où on ne pouvait pas échapper au taboulé.

La cinémathèque nous propose en ce moment une série de films passionnants sur le thème du polar français. La cinémathèque, c’est un peu comme une campagne électorale pour Chirac : quand il voit un buffet, il va manger, quand il voit des toilettes, il va pisser. En clair, il faut profiter des occasions quand elles se présentent. Le même jour du mercredi 7 décembre, vous trouverez trois des films qui se trouvent dans mon livre des 1001 films à voir avant de mourir :

  • à 16h30, Le Samouraï de Jean Pierre Melville avec un Alain Delon plus vrai que nature,
  • à 19h, Le Boucher de Claude Chabrol, avec Stéphane Audran, une de mes premières émotions,
  • à 21h, Tirez sur le pianiste de François Truffaut avec un Charles Aznavour excellent. Ce film nous donne la rare occasion de voir Bobby Lapointe interpréter Avanie et Framboise. Rien que pour ça, le film vaut le déplacement.

« Moi, Antonin Artaud, j’ai donc à dire à la société qu’elle est une pute, et une pute salement armée… » On comprend bien que Antonin Artaud voulait casser la baraque lui aussi. Pour un jeune au tempérament révolté, Artaud peut être un auteur culte, et il peut le rester pour les plus âgés.  La Cave Poésie rend cette semaine hommage à Antonin Artaud. La compagnie Elektro Chok nous propose du 7 au 12 décembre un spectacle inspiré par la folie et le génie de ce « suicidé de la société ».

L’hommage sera poursuivi le 8 décembre à 21h à la cinémathèque par une projection de l’Opéra de Quat’ sous dans lequel Artaud joue le rôle d’un mendiant. Le film de Georg Wilhem Pabst date de 1931 et il est inspiré de la célèbre pièce de Bertolt Brecht avec la non moins célèbre musique de Kurt Weil. Vous en connaissez au moins la chanson de Mackie que voici sous le titre de Mack the Knife interprété par Louis Amstrong.

Et puis FMR 89,1 Mhz diffusera le 9 décembre à 23h la création radiophonique « Pour en finir avec le jugement de Dieu » très longtemps censurée.

Le théâtre Garonne programme la pièce Doreen du 8 au 15 décembre. Ce titre Doreen fait référence à Dorine, l’épouse chérie du journaliste André Gorz. En 2006 Gorz, alors agé de 83 ans, écrit Lettre à D. qui est une déclaration d’amour à la femme de sa vie atteinte d’une maladie incurable. En 2007, tous deux décident de mourir comme ils auront vécu durant 58 ans : ensemble.

Gorz n’est pas le premier venu. Il est entre autres le cofondateur du Nouvel Observateur et l’un des principaux théoriciens de l’écologie politique et de la décroissance. Son livre Ecologie et politique, qu’il a écrit en 1975 sous le pseudonyme de Michel Bosquet, a marqué les esprits. Selon André Gorz, on est pauvre au Viêt Nam quand on marche pieds nus, en Chine quand on n’a pas de vélo, en France quand on n’a pas de voiture, et aux États-Unis quand on n’en a qu’une petite. En revanche on est miséreux quand on n’a pas les moyens de satisfaire des besoins primaires : manger à sa faim, boire, se soigner, avoir un toit décent, se vêtir. À la différence de la misère, qui est l’insuffisance de ressources pour vivre, la pauvreté est par essence relative. Gorz considérait la sobriété, également appelée simplicité volontaire, comme une nécessité pour lutter contre la misère.

Deux rendez-vous pour finir :

Le 13 décembre, Giedré au Bikini, une chanteuse qui déménage. Elle est déjà venue l’an dernier au Rex à Toulouse, je l’ai ratée. Si elle revient, c’est qu’elle a laissé un bon souvenir.

giedre-au-rex-nov-15

Le 8 décembre, la traditionnelle Accordéonistade à la Maison Blanche. Les afficionados le savaient déjà. Je vous mets Antoine, un morceau de Florian Demonsant, l’un des organisateurs de cette rencontre. Je trouve qu’il manque à Toulouse un festival d’accordéon.