26 mars 2018

L’actualité de cette semaine prolonge celle de la semaine passée. Je dirais presque que cette semaine est l’héritière de la précédente, si je n’avais pas tellement peur de déclencher une guerre de succession, qui pourrait mobiliser le ban et l’arrière-ban de l’armée des émigrés fiscaux.

Héritage Le Pen - Canard Enchainé06032018

Canard Enchaîné

Cette semaine hérite donc de la suite du festival Pink Paradize, avec Amadou & Mariam programmés le  30 mars au Bikini. Le célèbre couple de chanteurs maliens a été cette année nominé aux Victoires de la Musique dans la catégorie Musique du Monde. Catégorie finalement remportée par Mathieu Chedid avec son album Malomali, qu’il a justement enregistré avec de superbes musiciens maliens comme Fatoumata Diawara, Toumani Diabaté … Il y a sept siècles d’histoire dans cette merveilleuse musique malienne, une histoire dans laquelle l’homme occidental est parfois rentré avec ses grosses bottes.

Amadou et Mariam

Elle hérite encore du programme de Portraits féminins au Sorano, dont j’ai parlé la semaine passée. La série continue d’ailleurs la semaine prochaine :

  • avec « Rendez-vous gare de l’Est », les 4 & 5 avril. Une femme trentenaire évoque sa vie et dévoile peu à peu le quotidien de la maladie qui la ronge : la maniaco-dépression, les médicaments, les médecins, et ses allers-retours à l’hôpital psychiatrique. Dans un dénuement presque total, elle fait partager avec sensibilité et parfois une terrible drôlerie, l’intimité d’une femme en proie à la difficulté de s’adapter au monde contemporain. Malgré son sujet plombant, cette pièce est présentée comme un « tube du théâtre public ».
  • avec le 7 avril une carte blanche à Nadège Prugnard pour « MAMAE » à 19h et « Alcool » à 21h.
  • avec « Al Atlal – Chant pour ma mère » par Norah Krief, le 13 avril. Al Atlal  est d’abord une chanson de l’immense Oum Kalsoum sur un poème d’Ibrahim Nagi qui raconte les vestiges d’un amour et le rêve d’un pays perdu. Nora Krief nous livre une interprétation personnelle de ce chef d’œuvre en y mêlant une lettre à sa mère et des témoignages d’exilés.
  • avec « Le Quat’sous » d’après Annie Ernaux, les 10 & 11 avril. Dans  » Les Armoires vides  » (1974),  » Une femme  » (1988) et  » La Honte  » (1997), romans dont est tiré le texte du spectacle, Annie Ernaux dessinait le portrait d’une femme déchirée entre le milieu populaire de ses origines et le milieu intellectuel auquel elle aspire. « Quat’sous » est paraît-il un sobriquet du sexe féminin. Encore un que je ne connaissais pas.

Sorano - Le Quat'sous

Le Bikini programme de la jeune chanson française :

En commençant le 28 mars par Juliette Armanet. Fraichement auréolée par son trophée d’Espoir Féminin aux Victoires de la Musique.

En suivant le 29 mars par Gauvain Sers. La première partie sera assurée par Leila Huissoud,  cette chanteuse à la présence sur scène inversement proportionnelle à son allure juvénile qui a rempli le Bijou à l’occasion du dernier festival Détours de Chant. Gauvain Sers est souvent présenté comme l’héritier de Renaud. J’espère que les enfants de Renaud ne vont pas faire d’histoires. Et il est vrai que Gauvain Sers ressemble beaucoup à Renaud, par sa voix, son univers, et même par son look … Ecoutez sa chanson Pourvu

Il se trouve que le clip de cette chanson a été fait par le cinéaste Jean Pierre Jeunet.  Et Jeunet trouve que « La Forme de l’Eau », le dernier film oscarisé de Guillermo del Toro, présente quelques similitudes avec ses films à lui, comme « Delicatessen » ou « Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Je trouve moi aussi qu’il y a en effet une certaine parenté … mais on sait maintenant que ce n’est pas parce qu’ils ont une parenté que Jeunet sera obligé d’en faire son héritier. En passant, je signale aux Parisiens qu’il y a une belle exposition jusqu’au 31 juillet à la Halle Saint Pierre, au pied de la butte Montmartre, sur l’univers de Jeunet et de son acolyte Caro. On y voit par exemple une sorte de forme de l’eau, qui pourrait bien être le cerveau de certains d’entre nous, s’il n’était pas aussi gros.

Jeunet

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19 mars 2018

Les éditions du Possible nous proposent jusqu’au 1° avril la cinquième édition du festival Pink Paradize. Nous donnant en quelque sorte l’occasion de profiter du Paradis rose en même temps que de la Vie en rose. Méfiance quand même quand on voit qu’ils ont choisi un éléphant rose comme emblème, il se pourrait bien que leur paradis soit artificiel. Mais est-ce qu’il en existe qui ne le sont pas ?

Pink Paradise 2018

Basé́ sur une imagination désinvolte, Pink Paradize est un événement transdisciplinaire autoproduit au coeur de la ville rose. La programmation de ce festival est à la fois atypique, disparate et haut de gamme. Dans la liste, on trouve par exemple pour la semaine à venir :

– le 21 mars au Bikini, le groupe Pussy Riots. Ces trois jeunes Russes se sont rendues célèbres en 2012 à l’occasion d’un concert anti-Poutine donné clandestinement à la cathédrale du Christ Saint-Sauveur à Moscou. Elles avaient notamment scandé « Marie mère de Dieu – chasse Poutine ! ». La mère de Dieu n’existe peut être pas davantage que le Paradis. En tout cas Poutine, lui, vient d’être réélu.

– le 22 mars au Metronum, le batteur nigérian Tony Allen, dont le chanteur Fela Kuti disait que sans lui, il n’y aurait pas d’afrobeat. A soixante seize ans, Tony Allen vient de sortir « The Source », distingué d’un Choc par Jazz Magazine.

– le 23 et 24 mars au Sorano, Yolande Moreau et Christian Olivier (ex chanteur des Têtes Raides), pour un concert littéraire autour de Jacques Prévert. Yolande Moreau sera présente le 24 mars à 14h au Cosmograph avec « La mer monte », le film qu’elle a réalisé.

– le 25 mars au Taquin, Fantazio. Déjà programmé l’an passé au Pink Paradise, on l’a vu plus récemment dans le cadre du festival Détours de Chant. Son style est guidé par une recherche primitive de la musique et des situations. Fantazio est un OVNI inouï, à la fois génial et hilarant dans son délire verbal.

Fantazio

Les autres concerts de la semaine :

  • le 20 mars, salle Nougaro, la canadienne Klô Pelgag et ses « Les Ferrofluides-fleurs »
  • le 20 mars encore, au Bikini, le groupe Feu! Chatterton, coqueluche de la critique avec son dernier disque « L’oiseleur ».
  • le 20 mars, au théâtre du Ring, organisé par un Pavé dans le Jazz, le trio Jac Berrocal / David Fenech / Vincent Epplay, avec le collectif Hapax en première partie. Jac Berrocal est une personnalité mythique des scènes underground européennes. Artiste inclassable, il navigue depuis les années 1970 en des eaux dont les rives fluctuantes se trouvent parfois du côté du free, d’autres fois du rock (et dérivés), parfois à mi-chemin des deux, empruntant également la voie de la mélodie et de la poésie sonore.
  • le 22 mars, à l’espace Job, Amaury Faye Trio, dans le cadre de la Saison Bleue.

Philippe Découflé revient à Odyssud du 21 au 25 mars et il nous présentera ses « Nouvelles Pièces Courtes ».

Découflé - Pièces courtes

Le théâtre Sorano nous propose jusqu’à mi avril une collection de Portraits Féminins. On trouve dans cette collection le spectacle de Yolande Moreau et de Christian Olivier déjà signalé plus haut. Pour la semaine qui vient, on trouve également :

– Aglaé du 27 au 30 mars : Paroles crues d’une femme libre, Aglaé raconte soixante ans de prostitution. Elle a tout fait, Aglaé, elle déballe tout. Scandaleuse, Aglaé. D’après un témoignage authentique, Jean-Michel Rabeux écrit un solo sulfureux que Claude Degliame, comédienne et égérie, saisit royalement à bras-le-corps 

– Sade X du 28 au 31 mars : « X » car provocateur, certes, mais surtout méconnu : si Sade scandalise et dérange à travers les siècles, c’est qu’il transgresse bien au-delà des seules bonnes mœurs … Ici les mots de Sade, incarnés par Céline Cohen avec un besoin viscéral de secouer son monde, font rire, grimacer, réagir, divaguer, fantasmer… ils choquent : ils (r)éveillent ! J’ai vu ce spectacle l’an passé, je vous préviens qu’il vaut mieux être averti.

Sade X

Et enfin, n’oubliez pas que la semaine du 25 au 31 mars est une semaine sainte. Le paradis, c’est comme les concours, il faut en tenter plusieurs pour espérer en réussir un.

12 mars 2018

Le mot ubérisation est un de ces mots nouveaux tout juste sorti de l’oeuf.  Pour certains, l’ubérisation, ce sont de nouveaux métiers qui valent à de jeunes travailleurs d’être flatteusement qualifiés d’entrepreneurs modernes et indépendants. Pour d’autres, un miroir aux alouettes qui camoufle mal les formes les plus précaires du travail. La société Uber en tout cas met en avant la souplesse de cette forme d’activité, avec cette publicité que j’ai récemment vue dans les couloirs du métro parisien.

Uber publicité maman

Mais certains ont reproché à cette publicité un côté un poil sexiste. Uber a alors remplacé illico ces publicités contestées par d’autres qui renversent les rôles. Peut être que Cavanna avait raison quand il disait que : La publicité nous prend pour des cons, la publicité nous rend con.

L’expression « Réunion Tupperware » date, elle, des années 60. C’est qu’on n’a pas attendu Uber pour inventer des formes de travail toujours plus modernes. Tupperware a donc inventé ce marketing en réseau, qui consiste à miser sur les utilisatrices pour faire la promotion de boîtes en plastique au cours de ventes organisées à domicile, moyennant une commission. La nouvelle pièce, « Prodiges » de la Compagnie Petit Bois nous en raconte les mécanismes. Servi par un texte épatant de Mariette Navarro, trois comédiennes incarnent la chef, la collaboratrice zélée et la débutante. Cette dernière a quand même du mal à comprendre dans quel moule on veut la faire rentrer. Dans la proximité d’une petite salle, ces comédiennes font merveille pour nous faire sentir toute la cruauté, la manipulation et l’hypocrisie du système qui consiste à vendre le plus possible, et en plus à vendre à ses amies des choses dont elles n’ont pas forcément besoin. Du 14 au 17 mars à la Cave Poésie.

Couvercle de Tupperware

Il vous faudra bien deux chansons pour ne pas déprimer en pensant à la souffrance au travail. Celle de Zachary Richard : Travailler c’est trop dur. Et celle de Zoufris Maracas : J’aime pas travailler

Le festival de poésie Les Bruissonnantes aura lieu les 15, 16 et 17 mars au théâtre Le Hangar. Ne manquez pas le 15 mars Sébastien Lespinasse avec Claude Delrieu et Joël Hubaut. Ni le quintet poématique Les Parleurs le samedi 17 mars, avec leur poésie sonore spectaculaire et bizarrement hilarante.

Le festival Ciné Latino aura lieu du 16 au 25 mars, comme vous le sachiez déjà.

L’amour au temps du choléra, le roman de Gabriel Garcia Marquez, date de 1987. Ceux qui le connaissent iront le 15 mars à 19h30 au centre culturel Bellegarde, où Sylvie Maury accompagnée du sound designer Mathieu Hornain en lira des extraits dans le cadre de son cycle de lectures « Histoires d’amour, ici et ailleurs – Fragments de romans ». Ceux qui ne connaissent pas ont bien de la chance d’avoir encore un livre comme celui-là  à lire.

Et les concerts de la semaine :

– le 14 mars au Metronum, Odelaf. Avec La tristitude des choses, dédicacée à mon handballeur préféré :  La tristitude, c’est quand tu es choisi pour être gardien au Hand Ball

– le 15 mars au Metronum, Pigalle dans le cadre du festival Pink Paradize. Le groupe Pigalle, amené par le chanteur François Hadji-Lazaro, vient de sortir un nouvel album. Vingt ans après ce titre génial Dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs qui l’avait fait connaître.

– le 16 mars, le groupe Clarafond revient au French Pub de Tournefeuille, puisque c’était si bien la première fois.

– le samedi 17 mars à la Maison Blanche, le groupe de salsa dura Ida Y Vuelta, amené par Alban. En plus de faire de la musique, Alban propose des conférences scientifiques, un brin loufoques mais sur des bases sérieuses.  Allez voir son site Cosmo’Notes. Avec tout ça, je ne sais pas s’il trouve le temps pour un vrai travail à côté.

Le plus dur dans le travail, c’est souvent d’en chercher. Reiser l’avait bien compris.

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5 mars 2018

Tout va bien ! Vous savez bien qu’il faut se méfier quand on entend ça. Surtout quand c’est Orelsan qui le dit dans sa chanson « Si le monsieur dort dehors, c’est qu’il aime le bruit des voitures ». Orelsan vient de triompher aux dernières Victoires de la Musique, dans la catégorie « meilleur chanteur» et « meilleur album ». Il sera au Zénith le dimanche 11 mars. Les fans que je connais ont pris leur place depuis longtemps.

Tout va bien - Pessin

Orelsan cartonne, et pourtant il est loin des standards du marketing qui nous vendent du rêve. Orelsan s’est fait connaître il y a dix ans avec des chansons comme « St Valentin », ou bien « Sale Pute», qui ont été dénoncées comme une incitation à la violence contre les femmes. Orelsan a depuis été relaxé au nom du droit à la fiction. Orelsan appuie là où ça fait mal, il met les pieds dans le plat et il pisse dans la salade avec ses textes pas aseptisés. Ecoutez par exemple « Basique », « Défaite de famille » ou « La pluie » avec un featuring de Stromae.

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Y’a de la joie ! Avec Denis Rey au Pavé  du 8 au 17 mars pour « Gros-Calin », d’après le premier roman de Romain Gary sous son pseudonyme Emile AjarDenis Rey sera à Ombres Blanches le 7 mars à 18h pour une lecture d’extraits d’entretiens donnés par Romain Gary. Denis Rey plus Romain Gary, ça promet.

Avec « Un ennemi du peuple » du 8 au 16 mars au Sorano. La nouvelle pièce adaptée par Jean-Marie Piemme d’après Henrik Ibsen,  mise en scène par Sébastien Bournac avec la Cie Tabula Rasa. Les mêmes que ceux qui ont déjà fait J’espère qu’on se souviendra de moi en 2017 et Dialogue d’un chien avec son maître en 2016.

Avec « Tout Beckett ou presque » à la Cave Poésie du 6 au 10 mars. Trois regards consécutifs sur cet auteur, avec Filip Forgeau, Isabelle Luccioni et Jean Marie Champagne. Ce dernier m’avait beaucoup impressionné cet automne avec ses acolytes Les Parleurs au théâtre du Hangar.

Avec « Moi et François Mitterrand », les 9 & 10 mars salle Nougaro, une pièce écrite par Hervé le Tellier (celui des Papous dans la Tête) et jouée par Olivier Broche (celui des Deschiens). Un homme simple et banal qui écrit au président de la République François Mitterrand et reçoit en réponse un courrier type qu’il prend pour le début d’une correspondance privée. Quand les Deschiens et les Papous font des petits ensemble, j’en prend un.

Moi et François Mitterrand

C’est extra ! Avec le 6 mars dans la salle Nougaro, le joueur de kora Ablaye Cissoko accompagné de l’ensemble Constantinople. Une séance de rattrapage après la déception du concert de janvier au Centre Desbals où le son de la kora  était malheureusement couvert par la batterie.

Avec le duo Ibeyi le 7 mars au Bikini. Les deux sœurs jumelles sont les filles de Anga Diaz, le regretté percussionniste cubain qui a participé aux beaux jours du Buena Vista Social Club. Ibeyi fait également un featuring sur « Notes pour trop tard », un des titres de l’album d’Orelsan.

Avec « Ce que dit la chanson » par le chanteur Ignatus le 8 mars à 18h à la médiathèque Cabanis, dans le cadre du Cycle de Cercles proposé par Dick Annegarn.

Avec Arthur H le 8 mars au Bikini. Arthur H aurait beaucoup de choses pour me déplaire, à commencer par son chapeau. Et pourtant je l’aime beaucoup.