11 juin 2018


Le festival Rio Loco a la bonne idée de mettre la rumba à l’honneur. La rumba est une inconnue célèbre, tout le monde en a entendu parler mais presque personne ne sait vraiment ce que c’est. On pense d’abord à la rumba cubaine, qu’on ne distingue pas toujours de la salsa, dans cette diversité étourdissante des musiques afro-cubaines. Dans son titre « Rumba la Reina »,  Celia Cruz nous en fait la liste : Buena es la salsa, el merengue, la bomba, pero… El tamborito, la cumbia, el candombe, pero…  Ay, baila la rumba, rumba, rumbero, la rumba … El son jarocho, el bossa nova, el joropo, pero… Eh, la conga, la samba, la polka, pero … La rumba es la reina. Azúcar!

Après nous avoir convaincu que la rumba est la reine de toutes les musiques, Celia Cruz en rajoute une couche pour préciser que de toutes les rumbas, c’est la rumba de la Havane qu’elle préfère. Ecoutez « Dulce Habanera » avec Willie Colon au trombone. Nous n’alliez quand même pas continuer à lire sans avoir cliqué sur le lien ?

Celia Cruz - Recordando el Ayer

Compréhensif avec les accros de la rumba cubaine, le programme de Rio Loco nous en sert une dose quasi-quotidienne. Jeudi avec The Pedrito Martinez Group et son cocktail surpuissant de blues, rumba, flamenco et timba, Samedi avec le collectif The Afro Cuban All Stars et dimanche avec le tromboniste Fidel Fourneyron et son projet ¿Que Vola?, une transe de jazz improvisé sur les rythmiques afro-cubaines de trois percussionnistes hors-norme. Fidel Fourneyron est un de ces jeunes musiciens de jazz qui font feu de tout bois. Il vient de sortir « Animal », un disque récemment chroniqué dans Télérama, dans lequel son trio nous donne une vision d’un moderne carnaval des animaux. On a également vu Fidel Fourneyron il y a quelques mois éblouir trois pelés et deux barbus avec le groupe Un Poco Loco à l’Aminata.

Malgré toute la dévotion qu’on peut avoir pour Celia Cruz, on doit quand même lui reprocher de passer sous silence la rumba congolaise. Et pourtant … peut être moins connue que la rumba cubaine, cette musique des indépendances et du bonheur insouciant des années 60 a dominé la musique africaine dans son âge d’or. Avec pour les plus connus, Franco et son Tout Puissant OK Jazz, dont les paroles audacieuses comme « La femme que j’ai épousée avec mon argent ose me demander où j’ai passé la nuit » ne l’ont pas empêché d’être qualifié de Balzac de la rumba. Voici son « Mario » de 1985. Et aussi Le Seigneur Tabu Ley Rochereau, le père du rappeur Yossoupha. Le Seigneur avec le Tout Puissant ont réalisé un disque en duo, dont je vous extrais cette « Suite, lettre n°1 ».

La rumba congolaise sera représentée le jeudi, d’abord par les vétérans de Bakolo Music International et ensuite par Baloji, la nouvelle coqueluche belge d’origine congolaise. Dimanche à 14h, les amateurs devront se lever de bonne heure pour ne pas rater l’Orchestre Les Mangelepa, groupe pionnier, fondé il y a 41 ans par des congolais exilés au Kenya, et gardien de la rumba congolaise des années 70.

Comme je ne veux pas avoir des embrouilles avec les Gitans, je n’oublie pas la rumba catalane, que je ne connais pas au delà des Gypsy Kings.

Affiche Rio Loco

La programmation du Rio Loco ne se limite pas à la seule  thématique rumba. Elle s’élargit dans ce qu’ils appellent un grand mix musical planétaire. On trouvera sur le site de FIP, la radio partenaire, une présentation exhaustive du programme.

Parmi les grands noms, on relève Ebo Taylor, né en 1936 au Ghana, dans le programme de vendredi. Sa musique, un trait d’union entre le higlife d’Accra et l’afrobeat de Lagos, a connu un âge d’or dans les années 70. Disparu des écrans radars pendant 30 ans, Ebo Taylor a fait son retour à 75 ans en 2010. Il est d’ailleurs passé à à Toulouse en 2013 mais je l’avais raté. On ne peut plus maintenant se permettre de rater trop souvent cette légende  vivante. Voici son « Love & Death ».

On relève également Johnny Osbourne, the Godfather of Dancehall, à presque un demi-siècle de carrière, qui passe le jeudi. On lui doit le riddim d’intro de la chanson « Le Bilan » des Neg’Marrons. Ce n’est pas rien …

Et en final du dimanche, la chanteuse malienne Oumou Sangaré. La reine ambassadrice du Wassoulou depuis 30 ans et maintenant femme d’affaires. Voici « Minata Waraba » extrait de son dernier album où on retrouve les ambiances que j’imagine être celles du désert. Avec une pensée pour son compatriote Kassé Mady Diabaté qui nous a quitté il y a un mois. J’ai un merveilleux souvenir de son concert en 2016 dans la salle Nougaro.

Oumou Sangaré - Mogoya

Rio Loco fait pas que programmer des noms connus. La grande qualité de ce festival est de nous faire découvrir des artistes en dehors des circuits du bizness mondialisé, de ceux qui nous laissent souvent sous le choc émotionnel de ce qu’on n’a jamais entendu ailleurs. Merci monsieur Hervé Bordier !

Difficile d’exister à côté de Rio Loco. Il faut aller dans le Tarn et Garonne, à Moissac, où le Festival des voix, des lieux et des mondes nous offre une très belle affiche. Dont un concert des Ogres de Barback avec le Bal Brotto Lopez, le 16 juin, dans le village de La Française. Un de mes collègues bloggeur prétend que Brotto est ce que le Lot a produit de meilleur depuis les cabécous. A vérifier sur place … Dont la chanteuse Camille le 25 juin. Camille vaut le déplacement.

Un peu de culture scientifique ne peut pas faire de mal pour finir. La finale nationale « Ma thèse en 180 secondes » aura lieu le 13 juin au TNT, organisée par le CNRS. On trouvera sur scène 16 doctorant.e.s de toute la France, qui s’efforceront de faire comprendre des années de recherche en 3 mn, en conjuguant les 3 C : contenu, clarté, charisme. Ce principe me rappelle un peu ces fameuses méthodes de lecture rapide qui ont permis à Woody Allen de lire « Guerre et Paix » en 20 mn. Il en a retenu que ça se passe en Russie.

Encore le CNRS au TNT, qui organise les 15 et 16 juin un forum sur le thème « Que reste-t-il à découvrir ? ». Une centaine de chercheurs viendront partager leurs découvertes et débattre autour des défis majeurs de la connaissance. Peut être une occasion pour inclure enfin dans le débat tout ce qui existe mais que les scientifiques officiels disent que ça n’existe pas parce qu’ils sont incapables de l’expliquer. Par exemple Numérologie, Cartomancie, Astrologie, Sourcier, Tables tournantes et autres Immaculée Conception … la liste est longue, ce ne sont pas les mystères qui manquent.

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Un commentaire sur “11 juin 2018

  1. A l’heure où je m’exprime, je ne retiens de cet excellent numéro que :  « inclure enfin dans le débat tout ce qui existe mais que les scientifiques officiels disent que ça n’existe pas parce qu’ils sont incapables de l’expliquer » l’excellent effet de l’huile essentielle de myrte rouge sur les trachéites tenaces !

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