27 août 2018

Un séjour estival au pays du malbec et des cabécous m’a remis les idées en place. Me voici donc de retour dans un paysage culturel compliqué avec des idées claires. Disons même des idées lumineuses, pas de fausse modestie entre nous. Je comprends enfin et sur le tard que la vie est faite pour qu’on s’amuse. Donnons donc la priorité aux manifestations rigolotes et colorées. Il ne vous reste plus que quelques jours pour aller voir l’exposition Le MIAM en Vacances que le Centre d’Art Nomade (ex Croix-Baragnon) a invité dans Le Lieu Commun (Faubourg Bonnefoy) et à La Grainerie (Métro Balma). L’exposition est visible jusqu’au 2 septembre, du mercredi au dimanche inclus, de 14h à 19h30, entrée libre.

Le MIAM, Musée International des Arts Modestes, a été fondé à Sète en 2000 par les artistes Hervé Di Rosa et Bernard Belluc. Et il se trouve qu’en matière de modestie, je suis moi-même imbattable, comme disait Sacha Guitry. Hervé Di Rosa est relativement bien connu depuis le début des années 80 comme artiste peintre dans le genre Figuration Libre. Ses œuvres sont immédiatement reconnaissables avec leurs personnages caractéristiques de bande dessinée. Justement très colorées et rigolotes, elles rencontrent beaucoup de succès auprès du grand public comme moi. Voici par exemple une affiche qui orne les murs de mon séjour.

Di Rosa - Ils arrivent tous par air, terre, mer - 1983

Saviez-vous que Hervé Di Rosa a réalisé les sculptures de la station de métro Fontaine Lestang ? On pouvait y faire jouer les enfants, elles ont été malheureusement enlevées pour une raison inconnue mais que j’espère provisoire.

Le MIAM est spécialisé dans la création marginale et périphérique, favorisant la circulation entre les cultures savantes et populaires. L’Art Modeste est comme un empire qui regroupe de très nombreuses nations, comme l’art forain, les comics, les pochettes de disques, les châteaux de sable, les T-shirts … et l’art des collections, un immense territoire à lui tout seul que l’on pourrait également subdiviser presque à l’infini. Avec le MIAM, Hervé Di Rosa a élargi le périmètre de ce qu’on peut appeler une œuvre d’art. On peut en effet mettre beaucoup de choses dans l’Art Modeste. A ce train-là, tout et n’importe quoi va pouvoir être considéré comme de l’art, même un urinoir.

Le Lieu-Commun nous montre un choix d’œuvres autour du cinéma, dont l’essentiel est constitué par des affiches ghanéennes. Ces affiches sont directement peintes sur toile dans un style qu’on pourrait qualifier de naïf. Elles sont faites pour séduire les amateurs de films d’action et ne lésinent pas sur les effets les plus expressionnistes.

En entrant à La Grainerie, on trouve d’abord trois caravanes, chacune consacrée à une thématique particulière. Ces caravanes sont remplies du sol au plafond par des objets sans prétention, modestes si on veut mais dont l’accumulation donne le vertige. On s’y trouve immergé dans un fouillis de figurines, qui représentent des familles de monstres, des défilés de dinosaures, des guerriers intergalactiques avec leurs engins volants … Un paradis des jouets, dans une ambiance Toy Story un peu déjanté.

La grande salle est consacrée aux arts populaires mexicains. On remarque en entrant une barque de squelettes occupés à ramener de leurs filets une pêche miraculeuse. On verra dans cette salle un mélange hétéroclite où se côtoient Sainte Vierge, sculptures monstrueuses, arbres de vie et objets de culte de la mythologie mexicaine.

MIAM 7

Il vous reste un peu plus de temps pour visiter l’exposition Même pas Peur : Vanités d’hier et d’aujourd’hui consacrée à la Collection de la baronne Henri de Rothschild (morte en 1926) et visible à la Fondation Bemberg jusqu’au 30 septembre (voir les articles de Michel Grialou et de Alice Lambert). Il est peut-être audacieux de rapprocher la collection de la baronne de Rothschild du registre de l’art modeste. Et pourtant, elle en a une double qualité. La baronne est d’abord une collectionneuse un peu allumée d’objets bizarres, elle entre donc parfaitement dans les critères … Et en plus elle collectionne des Vanités, des représentations de têtes de mort pour le dire plus simplement. Dans le domaine de l’art, la Vanité est une représentation allégorique du passage du temps, une œuvre qui nous rappelle que nous sommes tous mortels, un principe de figuration qui invite l’homme à la méditation sur sa propre finitude, résumé par la phrase latine Memento Mori : Souviens-toi que tu vas mourir. Il y a une forme de modestie à reconnaître que nous sommes tous mortels. D’ailleurs, je suis personnellement loin d’être favorable à la vie éternelle.

Bemberg 1

En plus de la collection de la baronne, l’exposition nous montre également des œuvres anciennes et modernes sur ce thème des Vanités, en les disséminant parmi les œuvres de la collection permanente.

Alberola

Alberola

Le bienfait des vacances aura finalement été éphémère. Comme souvent, on rentre gonflé à bloc, et il ne faut pas bien longtemps pour se retrouver à méditer sur une tête de mort nihiliste.

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4 commentaires sur “27 août 2018

  1. Bonjour Michel, ravie de retrouver tes suggestions et surtout tes commentaires. Pour les sculptures de Fontaine Lestang (qui est ma station de métro), les mats qui les supportaient se sont cassés (ou ont été cassés) les uns après les autres… puis la station va devenir XXL comme ils disent et donc tout le parvis est en chantier (trou à ciel ouvert). Va savoir s’ils réinstalleront ce qui était bien sympathique… mais fragile ?
    Dossier que je suivrai avec le Comité de Quartier… Monik

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